dimanche 31 décembre 2017

L'oiseau d'Amérique de Walter Tevis

Synopsis : Walter Tevis, qui vit à New York, est l'auteur de plusieurs romans réputés — dont L'arnaqueur et L'homme tombé du ciel, tous deux portés à l'écran avec succès.
Sous la chape d'acier du XXVe siècle technologique, l'Amérique s'éteint, doucement mais sûrement. Automatisée, « tranquillisée », stérilisée. Et l'un de ses maîtres est un robot, Spofforth, splendide prototype de race noire, aux facultés intellectuelles inouïes. Mais les systèmes trop parfaits sont fragiles... Ainsi Spofforth, par la faute de son concepteur, a gardé un coupable souffle d'âme... Ainsi Paul, petit fonctionnaire soumis, découvre par hasard, soudain émerveillé, les secrets de la lecture depuis longtemps bannie. Il les partagera avec Mary Lou, la jolie rebelle qui refuse ce monde mécanisé. Un robot capable de souffrir, un couple qui redécouvre l'amour et les mots, est-ce l'ultime chance de l'humanité ?


Science-fiction - 386 pages - Editions Folio SF (2005)

Avis : Pour cette dernière chronique de l'année, j'ai choisi de vous parler d'une dystopie ! Non pas que je veuille plomber d'avance 2018, ni jouer les oiseaux de mauvais augures, mais il se trouve que j'ai eu envie de vous faire partager mon retour de lecture, pour un titre qui n'est finalement pas très représenté sur la blogo, et c'est bien dommage ^_^

À un élan de nostalgie pour les : 1984 de George Orwell, Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, où encore Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, se sont greffés la curiosité, et le plaisir anticipé de le découvrir en lecture commune avec un ami co-lecteur de bon goût, à qui je dédie ce billet ;-)

J'ouvre une parenthèse pour dire que Walter Tevis est aussi celui qui a écrit L'Homme tombé du ciel, le roman ayant inspiré le film L'Homme qui venait d'ailleurs, dans lequel David Bowie tenait le premier rôle. Un rôle qui a profondément marqué l'artiste, au point de l'inspirer pour composer sa dernière oeuvre, la comédie musicale Lazarus à la toute fin de sa vie.

Passablement lassée par les Hunger Games, et autres Divergente, je suis contente de sortir des étagères un roman dystopique plus "ancien".
Attention, il ne s'agit pas d'une antiquité non plus ! Il n'a que 38 ans (deux de moins que le premier film Blade Runner, soit dit en passant), mais a été nommé, en son temps, pour les prix Locus et Nebula du meilleur roman, et revient régulièrement dans des listes de romans d'anticipation préférés chez certains lecteurs.
La Chute d'Icare est un tableau de Pieter Brueghel l'Ancien.
Il prend une place toute particulière dans le roman.
Analyse de l'œuvre ici
Avec un roman de ce genre, vous ne serez pas surpris d'apprendre que le XXVe siècle dépeint ici est sinistre et déprimant. D'ailleurs aucune date précise ne filtre avant le dernier chapitre pour millésimer ce monde. On ne parle plus en mois ou en année, mais en bleus ou jaunes pour se représenter le temps passé.
Une façon de nous aviser que le temps, et l'histoire elle-même, n'ont plus de signification pour le peu d'humains qui restent sur terre, puisqu'ils ne travaillent plus, ne raisonnent plus, ne communiquent plus, ne savent même plus lire, ni même ce qu'était un livre !
Ils se laissent vivre, où plutôt végètent, devant leurs écrans. Ils absorbent des pilules de drogues comme des bonbons, pour ne plus penser, sauf à eux-même, et sont conditionnés pour se répéter inlassablement :
« Pas de questions, relax. ». 
Ils ne sont même plus capables de s'interroger sur les causes du déclin démographique qui s'est dangereusement aggravé, ni même de se rendre compte qu'il n'y a plus eu la moindre naissance d'enfant depuis une trentaine d'années.

Dans cette société déshumanisée à l'extrême, ce sont les robots qui ont entièrement pris le contrôle. Et lorsque le roman commence, nous rencontrons le plus intelligent, évolué, puissant, et éminent d'entre eux, Spofforth. Les premières lignes le concernant nous démontrent que c'est un être sensible et doté d'une conscience. Sa mélancolie et l’obsession provoquées par des rêves récurrents, conséquences du transfert de ceux d'un être humain, font que Spofforth se languit de son immortalité.

Il était le dernier d’une série de cent robots nommés Classe 9, les créatures les plus puissantes et les plus intelligentes jamais conçues par l’homme.
Il existait une technique permettant de faire l’enregistrement de chaque influx neural, de chaque schéma de connaissance d’un cerveau humain et de le transférer dans le cerveau métallique d’un robot. Cette technique n’avait été utilisée que pour les Classe 9.

Tout le récit tourne autour d'un trio : Spofforth, et deux humains, un homme et une femme :
- Mary-Lou, la rebelle, enfuie des dortoirs très jeune. L'insoumise, ayant toujours refusé de prendre les pilules abrutissantes. La marginale, squattant le zoo et se nourrissant des sandwichs excédentaires du distributeur robotisé. L'intuitive, que seul l'instinct guide hors des circuits d'une société réglementée par les IA.
- Paul Bentley, le professeur de l’Ohio formaté, et discipliné depuis l'enfance. Celui par qui tout va commencer, ou finir, selon les points de vue. Celui qui découvre par hasard un savoir depuis longtemps oublié des humains, et qui pourrait bien être au centre de ce récit.
Ce savoir c'est la lecture, et par extension, les livres, la connaissance, l'histoire, le patrimoine de l'humanité, et la liberté !

Le propos central de l'auteur tourne effectivement auteur de cette idée, que l’abrogation de la lecture  et la prohibition de l'accès à la connaissance engendreraient l’aliénation et l'effondrement à terme de l'humanité. Et que par opposition, de la résurrection du savoir naîtrait la rédemption du monde des hommes et l'accès à leur libération.

Toutes ces thématiques ne sont pas nouvelles, et je vous mentirais en disant que cette histoire déborde d'originalité, tant les thèmes évoqués ont déjà été traités dans bon nombre de romans ou de films. Mais son attrait n'est pas là !
J'ai d'abord été frappée par la simplicité et la pureté du style, entraînant une aisance à faire défiler les pages assez étonnante, et qui pour moi, s'apparente à de l'habileté.

La surprise m'attendait aussi au tournant face à la poésie teintée de mélancolie de certaines scènes, et ce, dès le premier chapitre, sur le toit de l’Empire State Building. Je me suis d'ailleurs fait la réflexion comme quoi le titre original de "Mockingbird" était bien plus beau que celui de la traduction.

De la poésie encore, dans le parcours initiatique de Paul, qui découvre l'existence et sa richesse, une fois affranchi de l'aliénation de son ancienne vie. On la retrouve aussi dans des petites phrases, répétées régulièrement dans le récit, pour illustrer l'empreinte et la force que peuvent laisser les mots sur la délivrance de l'esprit, jusqu'ici emmuré.
« Seul l’oiseau moqueur chante à l’orée du bois »
« Ma vie est légère qui attend le vent de la mort, comme une plume sur le dos de ma main. »

L'impression que ce roman n'est pas une dystopie traditionnelle ou un roman de SF classique perdurera en moi ! Je garderai à l'esprit l'image d'une parabole aux contours philosophiques, centrée sur l'âme humaine, la force de l'amour, le recouvrement de toutes les libertés, en passant par celle de vivre ou de mourir. Le futur de l'humanité pourra-t-il être secouru par le pouvoir de la connaissance ? C'est une petite lueur d'espoir qui refusera de s'éteindre une fois le livre refermé.


Bonne année 2018 !!!



dimanche 24 décembre 2017

Joyeux Noël !!!


Je vous souhaite un merveilleux Noël !!!

Que la hotte du Père Noël déborde de jolis cadeaux, et de belles et captivantes histoires rien que pour vous 🎁📚🎁📚

samedi 25 novembre 2017

Une terre d'ombre de Ron Rash



Synopsis : Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent. L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.

Thriller - 275 pages - Editions Points (2015)

Avis : Ron Rash est un auteur américain qu'il me tardait de découvrir ! Né en Caroline du Sud en 1953, il est écrivain, poète, nouvelliste, et auteur de romans policiers. Celui-ci, Une terre d'ombre (The Cove), a d'ailleurs remporté le Grand prix de littérature policière en 2014, et a été bien classé dans la liste des best-sellers du New York Times.

L'histoire se déroule en 1918, avant la fin de la guerre, dans un vallon sombre et encaissé situé dans les Appalaches, en Caroline du Nord. Dans cet endroit isolé, vit une jeune femme Laurel, et son frère Hank, revenu des combats amputé d'une main. Leurs parents sont morts, leur laissant ce bout de terre, acquis à moindre coût, sans connaître sa sinistre réputation.

Un lieu maudit, aussi, pensait la plupart des habitants du comté, maudit bien avant que le père de Laurel n’achète ces terres. Les Cherokee avaient évité ce vallon, et dans la première famille blanche à s’y être installée tout le monde était mort de la varicelle. On racontait des histoires de chasseurs qui étaient entrés là et qu’on n’avait plus jamais revus, un lieu où erraient fantômes et esprits.

Dans le petit village de Mars Hill, Laurel est considérée comme une sorcière en raison d'une tache de naissance. On la fuit, la rejette comme une paria. Elle devient même la victime d'un horrible pari. Heureusement que Hank est rentré, car lorsqu'il était sur le front, elle se sentait si seule dans le vallon, qu'elle se demandait si ce n'était pas ça être un fantôme : un être isolé des vivants ?

Je crois que rarement un lieu m'a semblé aussi oppressant que le vallon au début de ma lecture ! Une terre d'ombre, comme le révèle bien son titre. Inquiétante, et dominée par d'immenses falaises, qui nous écrasent dès les premières pages, le soleil s'y faisant trop rare et l'horizon inexistant.
Et pourtant, pourtant... si ce n'était pas cet endroit qu'il fallait craindre le plus, mais plutôt la stupidité et la folie des hommes ?

Des hommes brisés et mutilés par la guerre, revenus ivres de haine et de vengeance envers les Allemands. D'autres, abrutis de préjugés, lâches, ignorants ou superstitieux ne sont pas bien fréquentables non plus. Un triste panel donc, mais dans lequel se détache aussi une petite poignée de belles personnes, comme Slidell, le seul qui accepte de descendre dans le vallon pour aider Hank une heure ou deux chaque jour, malgré ses soixante et onze ans. Ou Mlle Calicut l'institutrice, qui a toujours eu de l'affection pour Laurel, sa meilleure élève, victime de tant d'injustice.
Sans oublier Walter... Walter au sujet duquel je resterai muette, et vous comprendrez pourquoi en découvrant ce personnage autour duquel tout le récit tourne.

Rapidement, le danger nous semble plus présent dans le village que dans cet endroit sauvage et préservé qu'est le vallon. L'isolement doit-il être le prix à payer pour fuir le comportement hostile des villageois ? Est-il permis d'y laisser entrer l'amour, comme un rayon de soleil ? Peut-on espérer voir le bonheur s'y inviter un jour ?
Difficile à croire, tant ce qui prédomine, est la sensation d'un brouillard chargé d'une tragédie prochaine qui s'épaissit de pages en pages pour aboutir à un dénouement pour lequel je m'étais préparée, fort heureusement...

Avec ce roman, je constate une fois de plus que je suis sensible à ce genre littéraire qu'est le "nature writing". J'aime quand la nature prend le premier rôle et qu'elle s'extériorise dans toute sa puissance. Ron Rash en est amoureux, cela se ressent à chaque pages, et il sait nous la rendre intimidante et majestueuse à la fois.
Il aura su graver des images fortes, qui me resteront, comme :

- La magie d'un vol de perroquets de Caroline du Nord, aux couleurs éclatantes, exterminés par les colons civilisés, enclins à déforester les terres américaines pour l'agriculture. Seule espèce de perroquet endémique, c'était l’oi­seau le plus coloré de toute l’Amé­rique du Nord, et il a disparu... Quelle tristesse !

- Un rocher, au bord de la rivière, inondé de soleil où Laurel met son linge a sécher et se réchauffe quelques instants. Un endroit symbolique, et un îlot de bonheur dans le vallon.
« Petite, le rocher lui avait semblé une énorme main qui la sortait de la tristesse du vallon.»

- Un air de flûte, Comme ce jour où Laurel entend cette musique troublante...
« Ce qui rendait la musique d’autant plus triste, car elle ne racontait pas l’histoire d’un amour perdu, d’un enfant ou d’un parent disparus. On aurait dit qu’elle racontait tous les deuils qui avaient jamais existé.»

Ron Rash nous offre ici un condensé de son talent avec ce thriller dramatique ! En peu de pages, il parvient à faire naître une intensité qui augmente crescendo. Il zoome sur un lieu sauvage et d'apparence inhospitalière, comme ce vallon ombreux, pour que les exactions des hommes et l'injustice de la guerre nous apparaissent derrière un verre grossissant, encore plus cruelles et affligeantes.
Je suis ressortie de cette terre d'ombre avec une envie de ciel bleu et d'horizon dégagé, comme après avoir essuyé un sinistre orage ! De ses prémices jusqu'aux détonations finales, en passant par toutes les étapes : atmosphère lourde, nuages noirs et chargés d’électricité qui s'avancent inexorablement, etc... j'ai senti le tonnerre gronder et se rapprocher, dans l'attente de la fulgurance irrémédiable de la foudre qui allait s'abattre...

Voilà ma prédilection pour la littérature américaine une fois encore furieusement renforcée ;-)
Chronique à découvrir chez : Le Chat du Cheshire

samedi 11 novembre 2017

Ça (2 tomes) de Stephen King

Synopsis : Enfants, dans leur petite ville de Derry, Ben, Eddie, Richie et la petite bande du « Club des ratés », comme ils se désignaient, ont été confrontés à l’horreur absolue : ça, cette chose épouvantable, tapie dans les égouts et capable de déchiqueter vif un garçonnet de six ans…
Vingt-sept ans plus tard, l’appel de l’un d’entre eux les réunit sur les lieux de leur enfance. Car l’horreur, de nouveau, se déchaîne, comme si elle devait de façon cyclique et régulière frapper la petite cité.
Entre le passé et le présent, l’enfance et l’âge adulte, l’oubli des terreurs et leur insoutenable retour, l’auteur de Sac d’os nous convie à un fascinant voyage vers le Mal, avec une de ses œuvres les plus amples et les plus fortes..

Horreur - 1438 pages - Editions Livre de Poche (2002)

Attendez un peu de lire comment Ça m'est tombé dessus... Et accrochez-vous, parce que Ça va vous faire frissonner !!!

Un soir, portes et fenêtres closes, prise d'une harassante séance d'errance télévisuelle, - autrement dit de zapping forcené - subitement mon cœur manque un battement, ou deux...
N'ai-je pas aperçu un ballon du coin de l’œil, qui flottait devant la porte de la salle de bain restée allumée ?
Pfff, n'importe quoi ! Peut-être devrais-je penser à réduire ma consommation de pastilles à l'absinthe ?
Je me tortille sous ma polaire, un peu mal à l'aise de ressentir quelques frissons alors que le thermomètre de la chambre est à 28° (bah quoi, j'suis une fille du sud moi, 28° avec une polaire, quoi de plus normal ? ^^).
Un courant d'air peut-être ? Où la porte du congélo mal fermée ?

Bref, je retourne à mon écran, bien décidée à sortir mes chaussettes en poils de Bête du Gévaudan à la moindre alerte "chair de poulette" ;-)
Et là, cette fois mon palpitant déraille gravement.... Devinez ce qui surgit, là, sous mon nez ?
UN CLOWN !!! Tout droit sorti de l'enfer, je vois sa trogne cauchemardesque derrière la vitre, ses yeux de monstre assoiffé de sang, ses dents effilées comme des lames Gilette...
Défaillance ou pas, s'ensuit un dialogue d'une pertinence éblouissante entre mon bourrichon et moi :

- Bip bip, Lupa !!! 
- Hein ? Quoi ?
- J'ai dit Bip bip !!! 
- Heu... mais c'est quoi ce mauvais trip ?
Regarde, c'est la bande-annonce de l'adaptation cinématographique de Ça qui vient tout juste de sortir au cinéma.
- Oh, mais quelle idiote je fais !!! Ce n'est pas la fenêtre, mais seulement l'écran de télé, me dis-je, faussement rassérénée.
- Mais cela ne te rappelle rien ?
- ...

C'est le moment que choisit mon téléphone pour sonner, et me faire entrer dans le Guinness book grâce à un prodigieux bond, digne des records des derniers JO.
- A-a-allo, et voilà que je bégaie maintenant, on aura tout vu !
- ÇA revient… et tu as promis... dit une voix sépulcrale, avant de raccrocher.


Et là, la foudroyante révélation s'abat sur moi, et me fait soliloquer à voix haute : 
O-o-oui, c'est v-v-vrai, j'ai pro-promis ! J-je m'en s-sou-souviens m-main-maintenant... Pro-promis de l-l-lire Ça s-s'il r-r-re-revenait... 

Je fonce vers ma PAL, vite !!! Il faut que je retrouve les deux tomes que je gardais bien au chaud pour... pour quelle occasion déjà ? Halloween peut-être ?
- Halloween, c'est tous les ans depuis... combien d'années déjà ? me répond mon bourrichon, d'un air un peu trop narquois à mon goût.
- J'ai un clown plutôt flippant sur les bras, alors tu vas pas me les briser maintenant, d'accord ?
- Ok, ok... Ohhhh, mince alors !!! 
- Quoi ? Faut toujours qu'il la ramène quand j'suis pas d'humeur, le boubou.
- Halloween ! C'est aussi dans trois jours, non ? Quelle coïncidence...
- Hein ?... Alors tu crois que c'est pour Ça que... ?
- Laisse tomber, et grouille !

Quand il veut, il sait comment me booster le bougre ^_^  
Ma liseuse ! Où est donc passée ma liseuse ?
Et là ! Vlan ! Une Kobo volante traverse la pièce jusqu'à... (aïe, ouille, aïe !) ma tempe droite !
Un peu sonnée, je me dis que c'est peut-être La Tortue qui me l'a balancée... 
La tortue... ? Mais QUELLE TORTUE ? Je n'ai jamais eu de tortue, bon sang de bois !!! Il n'y a même pas la moindre petite ombre de figurine lilliputienne de tortue chez moi ^^ C'est quoi ce délire ?
Je récupère le projectile, ouvre lentement l'étui, et constate que la couverture de ÇA s'affiche, lumière allumée, comme une sinistre et facétieuse invitation 🎈

Obligée de repasser devant la salle de bain, liseuse serrée contre la poitrine, j'essaie de ne pas regarder si le ballon y est toujours... Sauf que, je m'arrête subitement devant la porte, suffoquée par une odeur de déchetterie macabre...
Mais au fond de moi, je sais... je sais que c'est Ça !
L'haleine de Grippe-Sou est déjà tout près. Ça se rapproche, et il va me falloir agir très vite pour rejoindre la bande des Ratés.
Alors un son, comme un ultime avertissement, sort du lavabo ? UNE VOIX ? 😰
« Le clown m’a emporté là en bas dans les tuyaux, et je suis mort, et bientôt il va revenir et te prendre, toi... »


Il ne me reste plus un instant à perdre ! Je dois d'urgence me laisser dériver jusqu'à Derry. Pourtant, j'ai la pétoche car je connais cette ville pour y avoir déjà séjourné dans 22/11/63 ! Mais qu'importe, j'ai promis de découvrir Ça !
Et ce ne sont pas les premières lignes qui m'en dissuaderont :
« La terreur, qui n’allait cesser qu’au bout de vingt-huit ans (mais a-t-elle vraiment cessé ?), s’incarna pour la première fois, à ma connaissance, dans un bateau en papier journal dévalant un caniveau gorgé d’eau de pluie. »

[...]

Plusieurs centaines de pages plus tard, vous voulez vraiment savoir dans quel état je suis ?
Pas du tout indemne (sans rire, vous aviez remarqué ?😜), mais surtout bouleversée, émue, impressionnée, vivante, et enivrée d'émotions fortes.
Je ne sais pas si les égouts sont définitivement débarrassés de Ça mais je sais qu'il restera dans mon bourrichon un sacré bout de temps ! Caché, ou juste endormi, jusqu'aux 27 prochaines années... 

Pourquoi ? Vous tenez vraiment à savoir qu'est-ce que Ça m'a fait ?
Il m'a fait trembler, ressentir la terreur des cauchemars et l'intensité de la folie incarnée, la laideur des monstres, et la résurgence des peurs enfouies...

Mais ce roman a été avant tout un catalyseur !
Le catalyseur de l'amitié, avec un A plus gigantesque que l’Annapurna ! Il a surtout révélé la force d'une alliance, forgée dans la magie de l'enfance et la puissance des serments !
Les griffes du monstre perdent de leur tranchant face à la bouffée d'admiration et de tendresse éprouvées pour les personnages ! Des frayeurs pour cette bande de ratés, dont on aimerait faire partie, naît un bouillonnement d'admiration et d'amour.
Une tempête de sensations, j'vous dis ! Un coup de 💗 Et une flopée de ha-ha-ha-ha aussi 😍

Rien que Ça ! C'est dingue, pas vrai ? !!!
Ah, j'oubliais : « LES CHEMISES DE L’ARCHIDUCHESSE SONT SÈCHES, ARCHI-SECHES ! »
Et maintenant : Bip bip !!! 😉

dimanche 22 octobre 2017

Séance de rattra'pages #11

N’ayant pas la possibilité de chroniquer toutes mes lectures, j’ai créé ce petit rendez-vous trimestriel afin de faire la synthèse de mes découvertes passées, et surtout d'en garder la trace.
Ce billet, publié à chaque fin de trimestre, est, comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques des trois derniers mois écoulés.
Voici donc mes lectures des mois de juillet, août, et septembre 2017, classées par ordre de préférences !
Et pour retrouver les précédentes séances, c'est par ici...

***************
(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres)
  • La constellation du chien de Peter Heller (336 pages) : Immense coup de 💗 pour ce roman qui a fait remonter à la surface beaucoup plus d'émotions que je ne m'y attendais ! Une histoire post-apocalyptique puissante, avec un héros attachant, et une vraie réflexion sur l'humanité avec un grand H, la nature, et les trésors dont notre planète regorge ! Je ne peux que vous pousser à lire cet incontournable titre :)
  • Mr Gwyn d'Alessandro Baricco (215 pages) : Après 4 de ses romans lus, j'en viens à me demander si cet auteur parviendra à me décevoir un jour, tant sa plume me touche à chaque fois ! La saisissante histoire de Mr Gwyn est comme les autres, impossible à lâcher avant la fin, et presque douloureuse à quitter ^_^
  • Le lion de Joseph Kessel (256 pages) : Un classique de 1958 que l'on ne présente plus, et qui mérite d'être remis à l'honneur pour son indémodable force et la beauté de son récit ! J'ai dévoré ses 256 pages sans m'en rendre compte, tellement immergée dedans que je n'ai pu m'empêcher de verser quelques larmes à la fin... Si vous ne l'avez encore jamais lu, jetez-vous dessus !!!
  • Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg (474 pages) : Ce fût pour moi LE roman "feel good" de cet été ! Une lecture bienfaisante mais pas sirupeuse, comme il est bon d'en lire de temps en temps, ne serait-ce que pour les valeurs positives qu'elle diffuse entre ses pages :) Je ne peux que vous la recommander chaudement !
  • Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé (248 pages) : Un prix Goncourt que je me réservais pour une journée de canicule, à l'ombre de ma terrasse, devant un grand verre de thé glacé ;-) Ambiance réussie pour le récit d'une confession mêlée de fierté et de folie, sous le soleil accablant de l'Italie ☀ À découvrir !
  • Le Dernier loup-garou de Glen Duncan (357 pages) : Violent, funeste, cru, et mélancolique, voilà un roman que je déconseille fortement aux âmes sensibles ! En revanche, pour tous ceux avides de sensations extrêmes, que la brutalité des scènes n'effraient pas, et qui apprécient un style d'écriture soigné (dont je fais partie), je dis : "Foncez !!!"
  • Nous ne sommes qu'ombre et poussière de Lyndsay Faye (448 pages) : Voilà une rencontre bigrement maîtrisée entre notre fameux Sherlock Holmes, et le tout aussi mythique Jack the Ripper ! Les amoureux de l’Holmésologie y trouveront un bon moment de lecture et une cohérence bien agréable. Si vous hésitez à vous lancer dans cette enquête, ma chronique vous convaincra peut-être ;-)
  • Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka (139 pages) : Les nombreuses et excellentes critiques, sans oublier le titre et la couverture, ont été à l'origine de la découverte de ce beau roman, d'une rare intensité. Le récit poignant de ces femmes déracinées, face auquel on ne peut rester indifférent, fait trembler et réfléchir. À lire, pour honorer leurs mémoires et ouvrir nos consciences !
  • Nous allons tous très bien, merci de Daryl Gregory (200 pages) : Oui, seulement 200 petites pages, mais ô combien scotchantes, dérangeantes, mais redoutablement efficaces ! Première incursion dans l'univers "monstrueux" de Daryl Gregory, mais certainement pas la dernière ! La preuve à la ligne suivante, s'il vous en fallait une ;-)
  • L'éducation de Stony Mayhall de Daryl Gregory (448 pages ) : Voyez comme je suis de parole, je vous avais bien dit que je retournerai chez Daryl ! Eh bien voilà ! Je vois déjà votre curiosité poindre, et la question qui s'impose avec ce titre est : "Mordue, ou pas mordue ?" À vous de vérifier dans ma chronique à quel point l'atmosphère confiné de la mouvance zombiesque m'a réussi 😁

  • Bowie : L'autre histoire de Patrick Eudeline (144 pages) : Je ne suis pas friande d'essais biographiques, c'est d'ailleurs le premier que je lis depuis l'existence de ce blog. Mais Bowie ne pouvait être que l'exception qui confirme la règle de ne rien lui refuser ;-) Alors autant ne pas laisser le doute s'installer une seconde de plus ; je n'ai pas aimé celui-ci. Bourré d'anecdotes sans intérêt, et de potins volontairement trashs, la fan que je suis n'y a pas trouvé suffisamment de traces du génie de l'artiste, dommage...
  • 🌞🌞🌞🌞🌞🌞🌞🌞🌞

    Ce trimestre totalise 11 lectures (dont une biographie), soit 3265 pages.
    Je n'ai pas suffisamment publié, mais je me dis que je ne dois pas le faire sous la contrainte, sous peine de perdre le goût de bloguer... Alors j'attends que l'envie et l'inspiration me reviennent ;-)

    Septembre a vu se clôturer la 3ème édition du Challenge de La Licorne. J'ai eu la joie de remporter la 1ère place du niveau "Elfes psychopathes", en comptabilisant 29 points dont voici le détail.
    L'adorable Licorne a eu l'extrême gentillesse de me faire parvenir un paquet cadeau dont je vous laisse admirer le contenu 😍 Mille mercis ma Lili pour cette délicate et généreuse attention 💝
    Inutile de préciser avec quel enthousiasme je me suis réinscrite à la 4ème édition de ce challenge que j'apprécie tant !

    Du côté de mes réceptions, je me dois aussi de vous faire partager ma découverte du travail d'apicultrice de mon Lutin préféré !
    En plus de nous concocter de savoureuses et alléchantes critiques sur son blog Albédo, elle a eu la brillante idée de nous proposer, dans son billet du 30/09 intitulé Septembre 2017 au clair de miel, la possibilité de goûter son précieux nectar en achetant un de ses coffrets Gourmiel.
    Chose dite, chose faite, grâce à la réception de ce colis, je vais pouvoir me régaler de ses pots de miel aux étiquettes fantastiques ;-) Merci Lutin !!!

    Voilà que s'achève cette séance de rattra'pages, en espérant qu'elle vous aura donné envie de lire, mais aussi d'échanger avec vos ami(e)s de la blogosphère, car c'est bien là le but de ce beau et enrichissant partage. À bientôt !
    😘

    dimanche 15 octobre 2017

    L'éducation de Stony Mayhall de Daryl Gregory

    Synopsis : Stony a trois sœurs : Alice, Chelsea, Junie. Et sa mère Wanda, qui l’aime plus que tout. Sans oublier Kwang, son copain de toujours, persuadé que Stony possède un superpouvoir. Parce que Stony est insensible aux flèches que son ami lui plante dans le ventre histoire de rigoler... Il faut dire que Stony ne respire pas. Ne mange pas vraiment. Ne dort jamais. Et pourtant il grandit. Stony ignore ce qu’il est. Il n’a pas pris la mesure de son réel pouvoir. Ça viendra. Reste une interrogation : y en a-t-il d’autres comme lui ? La réponse à cette question emportera tout dans son sillage...

    Fantastique - 448 pages - Editions Le Bélial' (2014)

    Avis : Bluffée par ma découverte de Daryl Gregory avec Nous allons tous très bien, merci, c'est avec engouement que je me suis tournée vers cet autre titre !

    Séries, films, BD's, et romans de zombies ne se comptent plus ! Un sujet qui commence sérieusement à faisander, à l'image de la chair de ses protagonistes :) Mais quand un titre se détache de la masse gémissante, autant le signaler !

    Dans Nous allons tous très bien, merci, Daryl Gregory faisait ressortir son talent pour dépeindre la monstruosité en nous faisant partager les séances d'un groupe de parole, composé de survivants confrontés à l'horreur, allant même jusqu'à nous pousser dans les recoins les plus obscurs de leurs consciences post-traumatiques. J'avais été littéralement scotchée et en redemandais, prouvant combien Daryl Gregory a raison lorsqu'il dit :
    Mais je voulais aussi adresser un petit signe au lecteur, lui faire reconnaître qu’il lit volontairement une histoire d’horreur. C’est étrange… Pourquoi dépenser de l’argent pour se rendre dans une salle obscure en quête d’effroi ? Je pense que cela nourrit quelque chose de primitif en nous. Faire face à la terreur et en ressortir vivant est une sensation grisante.
    Avec L'éducation de Stony Mayhall, il nous démontre une fois de plus qu'il sait s'y prendre avec les créatures terrifiantes, allant même jusqu'à nous les rendre attachantes !
    Voilà donc une histoire qui renouvelle la représentation du zombie de bien belle manière !

    Stony, notre héros pas comme les autres, a été trouvé bébé, sur le bord d'une route neigeuse de l'Iowa au cours de l'hiver 1968 par une veuve et mère de 3 filles qui passaient par là.
    Le bébé est glacé, a la peau grise, sa poitrine ne bouge pas... il semble mort.  Pourtant ses yeux s'ouvrent malgré tout ^^ Wanda et ses filles le ramènent chez elles, lui donnent un bain chaud et le frictionnent, tout en réalisant que ce petit être est différent. Une évidence s'impose immédiatement : son existence doit rester secrète, pour sa propre sécurité et celle de sa famille d'adoption.
    Et pour cause ! Suite à l'apparition de zombies, lors d'un début d'invasion rapidement jugulé par le gouvernement quelques temps avant, la population est au aguets. Le moindre mort-vivant signalé est traqué et exterminé.

    Mais Stony a une particularité : il grandit ! Il est également intelligent, sensible, et dénué de la moindre agressivité.
    Son seul ami est le fils des voisins, Les Cho, qui ont accepté de garder le secret.
    Stony, au contact du jeune Kwang, atteint la même taille que son meilleur ami et évolue de paire avec lui. Leurs expériences de gamins donnant l'idée à Kwang de le surnommer l'Inexorable devant sa capacité à ne pas mourir.

    Les années vont passer paisiblement, jusqu'au jour où Stony va comprendre avec terreur qui il est, et combien les êtres comme lui sont pourchassés. Un événement tragique survient avec sa sœur, et Stony doit s'enfuir précipitamment de la ferme où il a toujours vécu à l'écart du monde extérieur.
    Sa fuite va l'amener à découvrir toute une communauté de morts-vivants clandestins. De planques en planques, il va apprendre que différentes factions coexistent.
    Les Gros Mordeurs, prêchant La Grande Morsure, une épidémie de transformation d'humains exponentielle ; les Abstinents, pour qui la morsure est proscrite ; et les Perpétualistes, dont le but est de maintenir la population des MV et d'enrayer leur extinction programmée.
    Curieux et vif d'esprit, Stony va vite se faire une place d'importance parmi eux. Il va se pencher sur les effets de la transformation, et comprendre que passée la fièvre de la morsure entraînant une fureur meurtrière de quelques heures seulement, les nouveaux morts-vivants peuvent ensuite rester pacifiques.
    Son étonnant développement de bébé à l'âge adulte, ajouté à sa sagesse, et à son de chemin de croix, vont l'élever au rang d'être exceptionnel pour faire de lui un guide spirituel, voire un messie qui s'ignore.

    Ce roman est une vraie bouffée d'air frais dans l'atmosphère confiné de la mouvance zombiesque !
    Différent des stéréotypes habituels, l'auteur nous offre le parcours initiatique d'un être souffrant de la monstruosité de son état et de la peur qu'il engendre, pour devenir le porte-drapeau des minorités opprimés. Le personnage irradie de sa lumière malgré son teint cadavérique, et les nombreuses mutilations subies n'altèrent en rien l'humanité qui se dégage de cet attachant personnage.
    Loin des scènes dégoulinantes d'hémoglobine que recèlent ce genre d'histoires, l'angoisse est là malgré tout, mais pas pour les même raisons que d'habitude. Même si la menace de La Grande Morsure plane, et que l'inquiétude pour les souffleux (vivants) monte, le sort de Stony nous est cher !
    Daryl Gregory nous apprend à éprouver de l'empathie pour ce qui nous terrorise, il brouille avec subtilité la ligne de démarcation entre beauté et monstruosité, comme le témoigne ce 2ème extrait d'un entretien avec lequel je choisi de clôturer ce billet d'éclairante manière.
    En bref, nous sommes tous des monstres. J’ai parfois décrit mes textes comme relevant de l’anti-horreur. Si, comme John Clute l’affirme, l’horreur consiste à découvrir l’hideuse vérité cachée et à la rejeter, alors c’est l’inverse qui m’intéresse : découvrir l’horrible vérité, supporter le sentiment de révulsion, et tendre vers l’empathie.