vendredi 9 juin 2017

Sépulcre de Kate Mosse

Synopsis : Octobre 1891 : la jeune Léonie Vernier et son frère Anatole quittent Paris pour le Domaine de la Cade, à quelques kilomètres de Carcassonne. Dans les bois qui entourent la maison isolée, Léonie tombe par hasard sur les vestiges d'un sépulcre wisigoth. Au fil de ses recherches, elle découvre l'existence d'un jeu de tarots dont on prétend qu'il détient les pouvoirs de vie et de mort. Octobre 2007 : Meredith Martin arpente les contreforts pyrénéens dans le but d'écrire une biographie de Claude Debussy. Mais elle mène aussi une enquête sur ses propres origines. Armée d'une partition pour piano et d'une vieille photographie, la voilà plongée malgré elle au coeur d'une tragédie remontant à plus d'un siècle, où le destin d'une jeune fille, disparue par une nuit funeste, se mêle inextricablement à une dramatique histoire d'amour.

Thriller historico-ésotérique - 819 pages - Le Livre de Poche (2009)

Avis : C'est à l'occasion du retour sur la blogosphère de l'adorable Misspendergast que nous avons décidé de fêter nos retrouvailles pour une lecture commune autour de ce roman :)

Kate Mosse est une auteure anglaise qui partage sa vie entre le Sussex, et la ville de Carcassonne. D'ailleurs, l'intrigue de son célèbre roman Labyrinthe, ayant remporté un British Book Award, se déroulait dans la cité de Carcassonne.
Cette région française semble exercer sur elle une étrange fascination, puisqu'une fois encore, dans Sépulcre, Kate Mosse nous emmène dans ce beau département de l'Aude, pour y mettre en scène un thriller historique teinté d'ésotérisme, et déployé autour de deux époques, mais aussi de deux jeunes femmes aux destins étroitement mêlés et racontés en alternance.

L'une s'appelle Léonie et évolue en 1891 dans une ambiance romantico-gothique pleine de mystère. C'est une jeune et jolie parisienne, curieuse et volontaire, vivant avec sa mère et son frère auquel elle est d'ailleurs très attachée. Elle aime la musique de son voisin du dessous, un certain Debussy, et se passionne pour les histoires de fantômes.
Lorsqu'elle se retrouve subitement invitée par une tante devenue veuve, dans le domaine familial de feu son oncle, c'est le désir d'aventure qui l'emporte sur la perplexité que suscite le sentiment de mauvais souvenirs que les silences de sa mère laissent pressentir.

L'héroïne de 2007, s'appelle Mérédith. C'est une jeune américaine qui décide de profiter d'un voyage en France, à l'occasion d'une biographie qu'elle écrit sur Debussy, pour revenir sur les traces d'un passé familial très nébuleux.
Une partition de musique accompagnée d'une vieille photo en noir et blanc, ainsi que des cartes de tarots curieusement mises sur son chemin lors de sa brève halte à Paris, vont la mener dans les pas de Léonie, et surtout jusqu'à ce mystérieux Domaine de la Cade, dans la ville de Rennes-les-bains, elle aussi ^_^

Pour être tout à fait honnête, le récit de 1891 a nettement remporté ma préférence, et me donne envie de dire qu'il se serait presque suffit à lui-même !

Un texte de Baudelaire (recopié ci-contre) précède le début du roman, et introduit terriblement bien la scène d'ouverture dans le cimetière de Montmartre, en mars 1891, au cours duquel un simulacre d'enterrement dresse d'emblée un climat troublant.
J'ai particulièrement aimé l'ambiance gothique qui plane sur le mystérieux Domaine de la Cade. Une ombre maléfique s'y tapit, et prend consistante à mesure que les pages se tournent, provoquant très vite chez le lecteur l'envie d'en savoir davantage ^^
La douce et fantasque Léonie mérite aussi une mention spéciale, et pourrait presque être une héroïne à la Brontë ^^ Avide de récits occultes, sa curiosité et la découverte d'un livre très étrange, vont l'entraîner jusqu'au fameux Sépulcre, dans lequel des forces invisibles et terrifiantes se cachent.
" Un moment elle resta à fixer les dernières lignes du manuscrit. Quelle histoire extraordinaire. Une mystérieuse interaction entre la musique et le lieu avait donné vie aux figures des cartes et, si elle avait bien compris, appelé ceux qui étaient passés de l’autre côté. Au-delà du voile… comme l’indiquait le titre inscrit sous le papier paraffiné. "
Les dissimulations de son frère, les énigmatiques tourments de sa tante, et la présence d'un inconnu malfaisant dont elle ne soupçonne rien, ne font qu'ajouter une atmosphère mélancolique et très romanesque à l'histoire.

Lors des retours dans le présent, il est vrai que ce que découvre Mérédith en 2007 apporte un éclairage supplémentaire sur certains événements du passé. Mais malgré cela, je me suis beaucoup moins passionnée pour son histoire personnelle, hormis les passages en corrélation avec Léonie.
Habituellement, j'aime beaucoup les sauts entre deux époques, et l'idée que deux fils conducteurs soient prédestinés à se rejoindre vers l'apogée me stimule toujours.
Mais là, j'ai ressenti un déséquilibre durant la partie contemporaine.
Les développements autour du Tarot divinatoire (d'ailleurs, le jeu Bousquet, dont il est continuellement fait référence, n'existe pas ^^), ou la reprise des légendes sur le trésor de Rennes-le-Château, ne m'ont guère captivée, contrairement aux chapitres sur les événements de 1891.

C'est donc avec un sentiment mitigé que j'ai quitté ce Sépulcre.
Avec le recul de quelques jours, je constate que s'estompe déjà l'histoire de Mérédith, et qu'elle ne fera pas le poids face au charme opéré par la fiévreuse Léonie.
Mais même si le souvenir jalousement gardé de cette atmosphère gothique de 1891 se fera au détriment des chapitres de 2007, je sais maintenant que Kate Mosse détient certaines clés ouvrant sur un passé fantastiquement romanesque !

Avril :Thriller, polar, policier
Thriller 2/3 - 5 points

lundi 1 mai 2017

Féelure de Silène Edgar

Synopsis : Le jour, Gwen est une personne tout ce qu’il y a de plus ordinaire : elle a un emploi précaire à la bibliothèque de la ville, un mari aimant et deux beaux enfants. Mais chaque nuit, elle est fée et travaille à la BAKF, la Brigade anti-kidnapping de fées. Et justement, de récentes disparitions leur donnent du fil à retordre... Avec son coéquipier et ami Arthur, elle va vite découvrir que cette nouvelle affaire pourrait être plus sensible que prévu. Pourtant, si dangereuse que soit cette nouvelle enquête, ce n’est qu’une épine parmi d’autres dans le pied de Gwen. Car au prochain solstice, elle va devoir faire un choix : rester humaine avec son mari et ses enfants, ou abandonner son ancienne existence et devenir fée pour toujours aux côtés d'Arthur...

Fantastique - 88 pages - Editions Bragelonne (2014)

Avis : Ma virée dans les territoires FÉEriques continue, et aujourd'hui je viens vous parler d'une novella bien sympathique, débusquée dans le sillage de poussière de FÉE de ma petite Stelphique.

Il n'est pas toujours nécessaire de partir très loin pour rencontrer des FÉES... 
Une bonne nuit de sommeil peut faire l'affaire, pour peu que comme Gwen, vous ayez été recrutée par la BAKF, Brigade anti-kidnapping de FÉES !
Gwen, est une mère de famille comme les autres... enfin non, pas tout à fait ! Depuis le dernier solstice d'hiver, c'est aussi une demie ! Dès qu'elle s'endort, ses rêves la transforment en FÉE, et enquêteuse de surcroît.
Humaine le jour, et FÉE la nuit, vous admettrez que la vie d'une demie doit être bien remplie !!!
Seulement voilà, cet état ne durera pas éternellement, elle va devoir faire un choix irrévocable d'ici le prochain solstice d'hiver :
Soit rester humaine et quitter définitivement la magie du monde FÉErique, ainsi que son coéquipier et ami FÉ Arthur avec qui elle partage de fiefFÉEs aventures !
Ou bien devenir FÉE à part entière, en abandonnant son existence humaine avec enfants et mari, pour toujours ! 

Cette lecture fût un pur moment de légèreté !
Silène Edgar a trufFÉE cette petite histoire de jeu de mots et d'expressions qui nous font sourire à répétition, sa plume est FÉEconde de petites trouvailles !
Idéale le temps d'une pause-caFÉE, on se surprend même à regretter qu'elle ne soit pas plus étofFÉE car l'idée de cette double-vie humaine / FÉErique est plutôt FÉEstive ;-)
Vous apprendrez que n'est pas forcément FÉE qui veut, mais que si vous êtes FÉErue de FÉErie, cela pourrait bien interFÉErer en votre faveur ^_^ 
Vous découvrirez aussi que le statut n’est pas réservé qu'au sexe FÉEminin. Et qu'elles sont toutes diFÉErentes, certaines pouvant être de vraies FÉElones, et d'autres assez FÉEroces.

Certes, cette orgueilleuse de Titania a fait tout un pataquès autour de son union avec Obéron, décrétant qu'ils étaient roi et reine du Petit Peuple, mais dans les faits, ce ne sont que deux vieux emmerdeurs qui passent leur temps à se faire des crasses. Sans ce fé devenu dramaturge, personne ne les connaîtrait chez les humains.

J'ai bien envie de FÉEdérer autour de cette novella toutes les FÉES qui s'ignorent encore, simplement parce que leurs rêves s'évaporent au réveil, où qu'elles se croient un peu trop FÉElées de FÉErie ! Ne soyez plus FÉEbriles devant vos contes préFÉErés, mais laissez-vous ébourifFÉE sans complexe ! 

Sans être FÉEnoménale, cette petite histoire offre une bonne boufFÉE de rêves, et fait triomFÉE les amoureux de FÉErie qui se reconnaîtront en la lisant :)

*Toute faute d'orthographe éventuelle, ou simple manquement aux règles de conjugaison ne sont qu'interFÉErences purement et FÉEriquement involontaires ! 😇

lundi 24 avril 2017

Séance de rattra’pages #9


N’ayant pas la possibilité de chroniquer toutes mes lectures, j’ai créé ce petit rendez-vous trimestriel permettant de faire la synthèse de mes découvertes passées, et surtout d'en garder la trace.
Ce billet, publié à chaque fin de trimestre, est comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques des trois derniers mois écoulés.
Voici donc mes lectures des mois de Janvier, Février et Mars 2017, classées par ordre de préférences !
Et pour retrouver les précédentes séances, c'est par ici...

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(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres)
  • 22/11/63 de Stephen King (1044 pages) : THE NUMBER ONE de ce trimestre !!! Mes retrouvailles avec Le King ont été émotionnellement renversantes 💗! Une histoire à couper le souffle, et une fin qui déchire tout, comme je vous le disais dans ma chronique
  • Les Aventuriers de la Mer, T1 : Le Vaisseau Magique de Robin Hobb (316 pages) : Restée sur mon beau souvenir de L'assassin Royal, j'étais folle d'impatience de prendre la mer pour une traversée aux côtés de Robin Hobb. Elle m'a une fois de plus embarquée avec son talent de conteuse extraordinaire ! Retrouvez l'essentiel de mon journal de bord dans ma chronique.
  • L'Aube de la Nuit, T2 : L'Alchimiste du neutronium, partie 2 : Conflit de Peter F. Hamilton (768 pages) : Une suite toujours aussi addictive, fourmillante de personnages et d'événements passionnants, qui continuent de donner à ce space-opera une envergure faramineuse 😲 C'est promis, j'écrirai une chronique après le dernier tome... Mais avant il m'en reste encore 2 à lire ;-)
  • L'homme qui mit fin à l'histoire de Ken Liu (112 pages) : Un récit court pour une révélation choc ! La preuve que le mélange SF + Faits historiques peut faire émerger de stupéfiants récits ^^ 112 pages d'une grande intensité, dont je suis ressortie avec la ferme intention de lire tous les autres livres de Ken Liu, c'est une évidence !!!
 
  • De sang-froid de Truman Capote (506 pages) : Un grand classique de la littérature américaine, magistralement écrit ! Tiré d'un fait divers glaçant, l'auteur nous plonge avec une maîtrise stupéfiante dans la psychologie des tueurs de toute une famille. La sensation de malaise s'insinue au fil des pages, dévoilant toute l'étendue du talent de Truman Capote, à découvrir absolument !!!
  • Du domaine des murmures de Carole Martinez (226 pages) : Un Prix Goncourt des lycéens amplement mérité. Une plume ardente et passionnée qui m'a barricadée le temps d'une lecture dans la cellule d'une recluse volontaire, avec un pouvoir saisissant insoupçonné, et auquel je ne m'attendais pas ! Sortir de ma zone de confort m'a plutôt bien réussi, comme le prouve ma chronique.
  • Notre-Dame-aux-Ecailles de Mélanie Fazi (313 pages) : Traductrice de Lois McMaster Bujold, Poppy Z. Brite, ou Brandon Sanderson, pour ne citer qu'eux, Mélanie Fazi révèle dans ce recueil de nouvelles très inspirées, qu'elle ne manque pas d'imagination et de maîtrise ! C'est assez rare pour le souligner ; ses récits m'ont tous pris dans leurs filets dès la première ligne, à chaque fois ! L'ensemble du recueil forme un tout ensorcelant, voire même troublant, qui me donne l'envie d'en découvrir encore davantage !
  • Fées, weed et guillotines de Karim Berrouka (378 pages) : Un moment de lecture follement divertissant, et placé sous le signe de la bonne humeur ! Roman noir pimenté à la sauce Urban Fantasy, ici les fées sont furieusement déjantées, perdent facilement la tête, et pouffent à la moindre fumette de weed 😊 Tout ceci pour notre plus grand plaisir évidemment !!! Vous êtes intrigués ? Et bien venez donc lire ma chronique.

  
  • La trilogie de La Voix des Oracles d'Estelle Faye (985 pages) : Une trilogie riche et fourmillante de références mythologiques, et qui aurait pu être un coup de cœur si le côté "jeunesse" n'avait pas atténué certaines émotions ! Mais il s'en est fallu de peu, et mon envie de suivre la carrière littéraire d'Estelle Faye en ressort renforcée ! Pour en savoir plus sur mon ressenti de chaque tome, je vous invite à aller lire ma chronique.
  • Les visiteurs de l'autre rive / Winter people de Jennifer McMahon (428 pages) : Voilà un titre découvert grâce à ma petite Fée Stelphique, et avec lequel je n'ai pas vu le temps passer ! Une histoire de revenants vraiment prenante, se déroulant sur deux époques différentes, et mêlant frayeur, mystère et émotions de façon excellente. Un vrai page-turner que vous ne pouvez lâcher avant la fin, comme j'aime en lire de temps en temps ;-)
  • Exodes de Jean-Marc Ligny (538 pages) : Je crois bien que c'est le premier roman Post-apocalyptique climatique que je lis et j'avoue ne pas m'en être encore totalement remise ^^ J'ai été saisie par la noirceur du récit. Terres dévastées et peuples déracinés, où règnent violence, famine, terreur, et injustice... Bref, un scénario à faire froid dans le dos, résonnant un peu comme une mise en garde, et bigrement bien maîtrisé par l'auteur !
🌸🌸🌸🌸🌸🌸🌸🌸🌸🌸

Ce premier bilan de l'année est meilleur que d'habitude avec 13 lectures, dont 12 romans, et 1 recueil de nouvelles, soit 5614 pages lues au total.
Pas de quoi fanfaronner, mais je suis tout de même satisfaite qu'aucune lecture décevante, ni même en demi-teinte ne se soit invitée à la fête, c'est plutôt cool 👍 Pourvu que cela continue dans la même veine durant les mois qui viennent ^_^

Dans ma séance précédente, je vous avais dit que les challenges étaient bénéfiques pour l'activité du blog, c'est pourquoi je n'ai pas hésité à me (ré)inscrire à plusieurs d'entre eux, en voici la liste :

Ma pile à lire ne cesse d'augmenter, j'ai donc abandonné l'idée de consigner ses entrées et sorties... Si elle n'était pas si imposante, je lui dirais bien de voler de ses propres ailes, mais je me contente simplement de la laisser vivre à sa guise, sachant pertinemment qu'il me faudra plusieurs existences pour en venir à bout 😅

Je profite également de cette séance pour vous remercier une nouvelle fois de me suivre si régulièrement, et ce malgré le manque de régularité de mes publications. Je n'oublie pas que c'est grâce à vous si ce blog est toujours actif !

Mon planning de lecture est sacrément chargé pour les semaines et les mois qui arrivent, et j'espère réussir à mieux gérer mes activités bloguesques...
Quoiqu'il arrive, je vous souhaite de palpitantes et inoubliables lectures, parmi lesquelles je serai ravie de venir piocher sans vergogne en passant par chez vous :D
😘

mercredi 19 avril 2017

La Fille du roi des elfes de Lord Dunsany

Synopsis : C'est sur l'ordre du roi son père que le prince Alvéric entreprend de traverser la forêt enchantée pour y découvrir et enlever la fille du roi des Elfes. Il la trouve en effet, après avoir combattu les chevaliers qui défendent sa demeure, mais le rapt n'aura pas lieu : en effet, c'est de son plein gré que la princesse Lirazel, conquise, suivra le jeune prince jusqu'au royaume d'Erl, où naîtra Orion, le fruit de leurs amours.
Mais le roi des Elfes, furieux, envoie vers sa fille un troll porteur d'un message magique qui la ramène près de lui. Alvéric, inconsolable, part à sa recherche, mais protégée par la magie de son roi, le domaine des Elfes est devenu introuvable. Tandis qu'Orion, qui grandit en beauté et en sagesse, apprend à connaître la forêt enchantée…

Fantasy - 304 pages - Editions Folio SF (2012)

Avis : Il est toujours bon de se tourner vers les fondamentaux, et à l'occasion du Challenge Printemps Elfique, ma curiosité est allée vers un texte étant considéré comme l'un des premiers romans de Fantasy, édité avant même que le genre soit nommé ainsi !

Je prends d'abord le temps d'écrire quelques lignes sur l'auteur :

Edward John Moreton Drax Plunkett, 18e baron de Dunsany, est un écrivain irlandais, né en 1878 à Londres. Considéré comme l'un des fondateurs de la fantasy moderne, il est l'auteur de nouvelles, romans, pièces de théâtre, poèmes et essais, publiés sous le nom de Lord Dunsany.
Dans l’une de ses lettres à C.A. Smith, H.P. Lovecraft dit :
« … la richesse de sa langue, sa vision cosmique, sa puissance onirique, et son sens aigu du fantastique, tout cela me séduit plus que tout dans la littérature moderne. »
Lin Carter dit aussi :
« Comme Lovecraft, je fus moi aussi profondément ému : Dunsany était issu d’une grande famille, et ses ancêtres étaient les compagnons des rois, il portait un titre de baron parmi les plus anciens des îles britanniques ; il avait connu Yeats et se souvenait de la mort de Tennyson. Il était l’un des plus grands auteurs de littérature fantastique de tous les temps.»

Ce roman, La Fille du roi des elfes, écrit en 1924, se situe entre le conte merveilleux et la fantasy épique. Il est réputé comme étant son chef-d'œuvre, et après avoir lu que tout amateur de fantasy se devait de le posséder dans sa bibliothèque, je n'avais plus qu'à obtempérer docilement ;)

Répondant aux souhaits de son peuple d'être gouverné par un prince enchanté, Le Roi des Aulnes envoie son fils Alvéric dans le monde enchanté afin qu'il aille chercher la princesse Lirazel, fille du Roi des Elfes. Muni d'une épée magique, Alvéric parvient à déjouer les pièges de la forêt enchantée, et par ses beaux discours, à séduire la princesse pour la ramener de son plein gré sur la terre des hommes.

Partant d'une idée de base assez classique à première vue, on pourrait croire que l'histoire se résume à ça, alors que pas du tout ! Oubliez la traditionnelle phrase « Ils se marièrent et vécurent heureux », ce qui nous est conté ici est ce qui vient ensuite...

Dunsany raconte ce qui se passe APRÈS le mariage entre un mortel rattaché aux choses de la terre, et une princesse fille du Roi des Elfes, immortelle et issue du Royaume Enchanté.

La prose est poétique et nous emmène sur des chemins contemplatifs mettant à l'honneur la nature dans toute sa splendeur et diversité. Celle-ci est mise en scène en grande pompe si j'ose dire, et témoigne de la place d'honneur que veut lui donner l'auteur.
Dunsany y restitue l'imprégnation des collines et pâturages de l'Irlande de son enfance et de leur atmosphère légendaire. L'enchantement et la musique de l’antique Tara n'est jamais très loin dans cette histoire merveilleuse.

Lord Dunsany était un chasseur passionné, et cela se ressent énormément dans cette histoire. Les (trop longuets à mon goût) passages de chasse à la Licorne, frénésie du chasseur avec ses chiens lancés à la poursuite de leur proie, trahissent de l'enthousiasme de l'auteur pour cette activité. J'avoue qu'ils m'ont rebuté, laissant mon attention se relâcher plus d'une fois.

En revanche, j'ai apprécié sa façon de décrire les terres imaginaires du Royaume enchanté, de matérialiser sa frontière avec la terre des hommes, et de la faire refluer lorsque le prince cherche à retrouver Lirazel retournée chez son père.
Le franchissement entre les deux mondes est au cœur du récit, l'un étant figé dans une immobilité perpétuelle, tandis que dans l'autre, le temps s'écoule inexorablement.

Le changement, toujours, et rien de durable. Il songea alors au calme éternel qui préservait la beauté du Royaume Enchanté. Puis à la tribu de trolls qu’il y avait laissée et se demanda ce qu’ils penseraient des manières de la Terre. Et c’est ainsi que les pigeons furent soudains terrifiés par un brusque tintamarre : c’était Lurulu qui éclatait de rire.

L'arrivée de la magie dans le monde des humains met en lumière tout le talent de Dunsany pour nous parler des esprits magiques et des êtres fantastiques ! Cette histoire est digne des meilleurs contes classiques pour enfants, mais dans un style, et parfois même avec une certaine emphase réservés aux adultes qui n'enlèvent rien à son côté fabuleux.

Je mentirais si je disais que je me suis laissée emporter par ce roman ! L'écriture est trop lyrique, le style un peu vieillot et contemplatif en comparaison de la Fantasy tonitruante d'aujourd'hui. Certains passages ont laissé poindre l'ennui, je l'avoue... Mais je ne regrette en rien cette découverte qui m'a plongée à la source de la Fantasy, et qui détient cette aura féerique des textes fondateurs étant à l'origine de ce genre que j'aime tant !!!
+1 roman (9/24) - Catégories C et E

lundi 10 avril 2017

Fées, weed et guillotines de Karim Berrouka

Synopsis : La dernière fois que Jaspucine a mis un pied dans le monde des hommes, elle en a littéralement perdu la tête : la Révolution française n’a pas été une période très profitable pour les créatures féeriques. Sauf pour Zhellébore, l’enfoirée qui l’a envoyée à l’échafaud. La vengeance étant un plat qui se mange froid, Jaspucine est bien décidée à retrouver la traîtresse. Même si pour cela elle doit s’attacher les services d’un détective. Mais à force de remuer ciel et terre, c’est sur une conspiration bien plus grande que la fée et l’enquêteur vont tomber.

Fantasy - Policier - 378 pages - Editions ActuSF (2014)

Avis : Pour mon entrée en lice dans le Challenge Printemps Elfique 2017, j'ai eu envie de m'éclater un peu !!! 
J'avais repéré ce roman au cours de la session précédente, furieusement motivée par les avis positifs ;-)

Avez-vous envie de bousculer vos habitudes en matière de romans policiers avec ce titre cocasse ? Est-ce que cette couverture vous fait, vous aussi, un peu penser à Dick Tracy Etes-vous prêts à vous lancer dans une enquête de dingue, et sur les traces de coupables furieusement baroques, afin de constater que le mélange fantasy urbaine et roman noir à l'ancienne peu fonctionner épatamment bien ?
Alors ce titre est pour vous !

Soyez-en avertis, ça va déménager ! Et pour l'occasion, vous ne serez pas de trop pour enquêter aux côtés de l'excellent détective privé Marc-Aurèle, et de son ami Etienne, policier enquêteur à la BCE (mais non, pas la Banque Centrale Européenne, voyons... nous parlons du Bureau des Crimes Extrêmes, bien sûr !), tous deux accompagnés de l'épatant Premier de la Classe (ah, ce personnage, quel réussite !)...

C’en est trop pour lui. BCE, c’est Brigade des Crimes Extrêmes, pas Barnum, Couillonnades et Élesdé.

Ils ne savaient pas dans quel micmac féerique ils allaient s'embarquer ! Ils étaient même à mille lieux de s'imaginer que les fées pouvaient être aussi déjantées, et leur langage si fleuri ^_^

« Le jour où les hommes comprendront qu’il existe des récompenses plus nobles que l’argent, il pleuvra des burnes de gobelin…[...] »

Il faut dire, à leur décharge, comment se préparer à une telle enquête ?
Et bien je vais vous donner deux ou trois pistes, histoire que vous ne soyez pas nés de la dernière pluie, si d'aventure vous vous retrouviez embringués vous aussi ;)
Primo, sachez que pour les fées, l'enfer c'est... LE FER, bien sûr !!! Une vieille cage toute rouillée, bazardée dans le grenier de votre grand-mère fera parfaitement l'affaire si besoin...
Deuzio, la weed peu s'avérer fort utile dans les enquêtes de cet acabit, avec gloussements féeriques 100% garantis en prime !

Trois nuitons dans un couffin, pique nique douille chez dame Partouze, tube de colle et crêpe au nain, le plus gras sent bon la… la… Merde, je trouve pas de rime en ouze…
— Bouse…
— Ah, merci…[...]
Merde, se dit Marc-Aurèle, c’est plus de la beuh, c’est de la bombe H…

Terzio, il est plus que temps, je dirais même urgent, de dézinguer l'image de la petite fée discrète et gentillette que vous aviez gardé dans un petit coin de votre tête ! Terminés les clichés version Clochette ! Place à la mouture signée Berrouka, nettement plus contemporaine et truculente !
Effrontées, voire carrément irrespectueuses, elles portent des prénoms d'une mixité florale délicieusement farfelues ; Avouez que Jaspucine, Myosotelle, Chrysancynthe, et j'en passe... ça ne s'invente pas !
Elles ont aussi un goût en matière de tenues vestimentaires, ou de déco pour leurs palais féeriques des plus kitsch...

Le résultat est… assommant. Il n’y a pas de mot plus adapté, la langue française n’ayant pas prévu un cas de figure alliant grave pathologie psychotique, kitscherie de l’au-delà et mauvais goût californien. S’il y a eu, un jour lointain, des artistes responsables de la déco de l’édifice, ils ont assurément été formés par Barbara Cartland et son pékinois.

Et sont toujours prêtes à se tirer un carreau d'arbalète dans le dos, où à se traiter de jolis noms d'oiseaux commençant par un S, suivi d'un A, puis d'un L... et de trois autres lettres formant un tout des plus comment dire ? éloquent... Hum ! Hum !  😁

« L’un de vous deux embarque supersalope sur son épaule et on file au pays des cages. On se retrouve en bas : je prends les escaliers. »

Allez, ne faites pas semblant de regarder ailleurs ! Je sais que ces fées-là ne vous laissent pas insensibles ! Vous croyez vraiment que je n'ai pas vu votre sourcil gauche tressauter à plusieurs reprises à la lecture de ces petits extraits ? Ne faites pas votre timide, elles vous intriguent ces ahurissantes demoiselles ! Vous vous demandez même ce que les guillotines viennent faire dans cette histoire, n'est-ce pas ?
Je perçois d'ici combien cela vous démange de démêler cette conspiration féerique de haut vol, de mettre un pied à l'époque de la Révolution Française, d'empêcher les échanges de bébés entre fées et humains, de jouer de l'arbalète...
Mais surtout, vous ne pouvez nier que vous mourez d'envie de vous marrer un bon coup, hein ? 😄

Ne croyez pas que j'ai laissé mes manières au vestiaire, comme nos copines les fées de cette histoire, parce que je suis encore sous l'influence de l'un de leurs enchantements ? Que j'y ai laissé ma tête moi aussi, ou même que j'ai respiré de la weed échappée d'entre les pages pour m'embrouiller les neurones...

C'est juste qu'une histoire aussi facétieuse et festive, pimentée de péripéties et de répliques si bidonnantes, justifie bien de sortir toute échevelée d'une telle aventure féerique ;-)

+1 roman (8/24) - Catégories C

samedi 25 mars 2017

Du domaine des murmures de Carole Martinez

Synopsis : En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire "oui" : elle veut faire respecter son voeu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.

Historique - 226 pages - Editions Folio (2013)

Avis : Approchez ! Ecoutez ! Vous l'entendez ? Le murmure d'Esclarmonde est toujours là ! Il continue de souffler sur le domaine des Murmures, si longtemps après... 
Tendez bien l'oreille et vous percevrez le récit tragique d'une recluse, celui de la fille du seigneur des Murmures, qui à l'age de 15 ans, demandât à se faire emmurer plutôt que d'accepter d'épouser Lothaire, le jeune homme arrogant que lui avait choisi son père.

Entre dans l’eau sombre, coule-toi dans mes contes, laisse mon verbe t’entraîner par des sentes et des goulets qu’aucun vivant n’a encore empruntés.
Je veux dire à m’en couper le souffle. Écoute !

En 1187, elle dit non le jour de ses épousailles, et se tranche l'oreille pour marquer de son sang les esprits, juste devant l'autel. Elle affirme que le Christ veut que sa dot serve à lever une chapelle dédiée à sainte Agnès, aux Murmures, et qu'on aménage contre ses murs un réduit dans lequel on l'enfermera à jamais. Emmurée vivante, elle contrecarre ainsi les projets de son père pour devenir libre, croit-elle. Mais un terrible événement arrivera le matin même de sa réclusion, quelques heures à peine avant que l'on ne scelle la dernière pierre, la privant de l'air libre pour toujours.

Je suis l’ombre qui cause.
Je suis celle qui s’est volontairement clôturée pour tenter d’exister.
Je suis la vierge des Murmures.
À toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l’espoir des emmurées.

Je suis entrée dans ce roman sans rien savoir de l'histoire. Seuls les avis positifs et le fait qu'il ait remporté le Goncourt des Lycéens en 2011 sont à l'origine de ce choix de lecture, et je m'en félicite, car à posteriori, je ne sais pas si l'histoire d'une réclusion volontaire m'aurait appâtée de prime abord ^^
Surtout que ce roman est beaucoup plus que ça !

C'est d'abord un titre, si beau à murmurer...
Et une histoire dans laquelle on entre sans pouvoir en ressortir avant la fin, barricadés que nous sommes entre des lignes toutes en poésie, ardentes et d'une accaparante beauté !

Une confession d'outre-tombe, dans laquelle d'autres figures féminines volontaires, comme Bérengère, la gigantesque et sensuelle servante qui connaît tous les secrets des fleurs, ou Douce, la belle-mère d'Esclarmonde, capable d'administrer le fief des Murmures à la place de son époux lorsqu'il part en croisade, sont les symboles de la condition des femmes et de leur absence de liberté au Moyen-Âge.

Certes ton époque n’enferme plus si facilement les jeunes filles, mais ne te crois pas pour autant à l’abri de la folie des hommes. J’ai vu passer les siècles, l’histoire n’a jamais cessé de chambouler nos vies et les évidences sont infiniment fragiles.

C'est aussi un récit où le merveilleux médiéval est esquissé, faisant de cette recluse une quasi sainte élevée au rang de messagère divine. Les peuples viennent la consulter le jour, lui confier leurs péchés, et écouter la voix de Dieu à travers elle, tandis que la mort elle-même semble avoir abdiqué des environs du domaine depuis son emprisonnement.

Je ne pensais pas avoir accompli de vrais miracles, mais je ne pouvais nier la démission de la mort. Car les gens du pays ne mouraient toujours pas.

La nuit, ses rêves de captive la font voyager jusqu'à Jérusalem auprès des croisés, de Barberousse, partageant leurs souffrances sous un soleil impitoyable, amenant leurs lots de morts, terreurs et violences, au sein même de sa cellule.

Une voie immense se déroulait la nuit dans mon réduit, je sentais en mon corps la fatigue du croisé et, au bout de mon bras, le poids de son épée ravageant la Thrace, [...]

J'ai cherché à savoir s'il existait un Domaine des murmures dans la vallée de la Loue, la rivière du roman. Si des ruines se trouvaient en un lieu où le secret d'Esclarmonde aurait trouvé refuge, mais il semblerait que Carole Martinez ait sorti cet endroit de son imagination, élevant ce récit au rang de légende.

En sortant de ma zone de confort avec ce roman, je ne pensais pas me laisser claquemurer dans une histoire aussi puissante, allant bien au delà des murs de ce reclusoir...
Mars : Historique

lundi 20 mars 2017

Challenge Printemps Elfique 2017

Celles et ceux qui me suivaient déjà l'année dernière à cette même époque, savent que le printemps, saison favorite à mon 💜, est toujours allègrement attendue sur le blog ! C'est grâce à cette magnifique saison que tintinnabule LE top départ du Challenge Printemps Elfique 😍

Fortes de la réussite de l'édition 2016, Stelphique et Daniella ont la générosité de relancer ce rendez-vous féerique pour le printemps 2017, un grand merci à elles !!!
Pour rappel, en voici les règles :
Allez donc vous poser sur le blog de Stelphique, ou sur le topic Livr'addict pour participer ;-)
De mon côté, j'espère faire encore mieux que l'année passée avec 6 romans, souvenez-vous... 

Cette fois encore, je m'inscris en tant que Pilliwiggins, fée butineuse, mais avec le fol espoir de devenir Fays en cours de saison ;-)
J'ai défroissé consciencieusement mes petites ailes, elles en avaient bien besoin ^_^
Puis je suis allée fouiner sur l'étagère féerie de ma bibliothèque, celle que j'époussette régulièrement depuis des mois dans l'attente du grand jour... Et là, quel bonheur de constater combien elle s'est étoffée entre-temps *_*
Préparatifs achevés, me voilà prête à l'envol avec, dans mon petit sac à dos elfique, spécialement confectionné par les petites mains agiles de mes amis les elfes (hé oui, j'ai des relations dans le milieu ^^), cette première pré-sélection : (cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres)

     
    

Mes lectures :


Mon butinage m'emportera peut-être vers d'autres sentiers féeriques que ceux-là, car je compte me laisser guider par la douce brise printanière, prête à accueillir les jolies surprises qui se présenteront à moi ! D'autant que tout un essaim de petites créatures ailées sera là pour m'accompagner et m'inspirer durant cette belle saison ;-)
Alors vous aussi, venez nous rejoindre dans cette féerique aventure livresque !!!