mercredi 21 septembre 2016

Challenge Automne Pharaonique 2016



Et oui, malheureusement l'été est bel est bien terminé :( 
Mais le nouveau challenge organisé par ma petite Fée Stelphique, et sa complice Daniella, est là pour nous faire oublier ce passage à l'automne de bien agréable manière ! Allez donc visiter le topic sur LA ;-)

Grâce à ce rendez-vous, nous allons revivre ensemble, et le temps d’un trimestre, l’Histoire de l’Égypte ancienne et les grands « Dieux » qui ont marqué toute une civilisation. Nous avons bien l'intention de ranimer la flamme de ses conquérants aux ambitions démesurées à l'aide de découvertes livresques absolument PHARAONIQUES.

Effectif du 21 septembre au 21 décembre 2016, cinq paliers sont proposés ;

1.Scribes des sables : 1 à 5 livres
2.Prêtre du Nil : 6 à 10 livres
3.Vizir de Gizeh : 11 à 15 livres
4.Gouverneur du Sphynx : 16 à 20 livres
5.Pharaons de la Vallée des Rois: +20 livres

Je choisi le premier niveau Scribes des sables.
    
    

Ne me demandez pas dans quelle pyramide je me suis enfoncée afin de ressusciter ces trésors égyptiens endormis, c'est un secret que nul ne doit dévoiler sous peine de voir s'abattre la malédiction....
Mais en revanche, je vous promets d'en déchiffrer quelques-uns et de vous en révéler l'essence du mieux possible ;-)
Alors à bientôt, sous le soleil égyptien !!!

*cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres 

lundi 12 septembre 2016

Chroniques d'un rêve enclavé d’Ayerdhal

Synopsis : "On ne bâtit rien sur le désespoir, fors la haine, mais avec la colère et l'usure des souffrances qui se répètent, avec la faim et la peur du lendemain, avec nos seuls coudes serrés pour nous tenir chaud, et nos larmes en écho, et nos rires enfuis, un jour, avec juste ça, entre hommes et femmes, nous n'aurons plus besoin que d'un rêve pour nous éveiller."
Dans cette cité médiévale où règnent recruteurs, faiseurs de dîme et de gabelle, les poètes meurent, les rêveurs aussi. Les rêves, eux, ne demandent qu'à voyager. Parleur, vagabond visionnaire, parviendra-t-il à leur faire franchir les murs de la Colline ?

Fantasy – 448 pages – Editions Livre de Poche (2016)

Avis : Ah, si je me laissais aller, ce billet débuterait par une série d’éloges !
Tout d’abord, avec un tel titre, impossible de ne pas céder à son appel ; il promettait tellement… Une ébauche de rêve à lui tout seul *_* Et je peux vous dire que le réveil m’a trouvée toute chamboulée, bouleversée même ^_^
Je ne connaissais pas l’écriture d’Ayerdhal, voilà encore une lacune que je regrette d’avoir si tardivement corrigée ! Et surtout, pourquoi faut-il qu’un tel auteur nous ait quittés le 27 octobre 2015 ? En lisant sa biographie, je me dis que nous avons perdu un grand Monsieur ce jour-là, et cela me rend triste… 
Coup de cœur pour ce roman qui se déroule dans la cité de Macil, cent jours après l’assassinat du poète Karel, dont les murs résonnent encore de ses poèmes à l’intensité saisissante, lorsqu'un matin, un étranger arrive ; Parleur, un havresac au bout du bras, et un chat sur l’épaule :

Et parce que c’est si calme et parce que c’est si beau, il n’y a rien que je ne regretterai plus que de mourir ici.
Oh ! Tendre Mère ! Il citait Karel. Lui, l’inconnu, le grimpeur, celui qui arrivait par le Causse, il marchait jusqu’à mon arbre et il citait Karel !
— On ne devrait jamais mourir quand il existe quelque chose de beau. La mort enlaidit tout.
Son regard était planté dans le mien et j’y lisais une douleur aussi forte que celle qui me brûlait la gorge.
— Ne dites jamais que je suis mort ici. Emportez mon cadavre dans une combe sans lumière et désignez-la comme ma fin.

D’emblée, j’ai été conquise par les moments de grâce où la plume du poète Karel se faisait l’intermédiaire de l’auteur, et derrière ses mots, je ressentais toute l’inspiration et la justesse d’Ayerdhal. De même, à travers les paroles de Parleur, toute sa pertinence, son humanisme, et son désir d’abolir les inégalités !

Au cours d’une terrible disette, des hommes et des femmes, Les Collinards comme on les appelle, puisqu’ils vivent sur les hauteurs d’une cité, se retrouvent accablés par la faim et la misère. Mortifiés par un Prince cruel, exploités et réprimés par les nobles, le Dogme, la Citadelle, et la Ghilde, ils n’ont d’autre choix que de mourir… ou d’échafauder un rêve enclavé.

On ne bâtit rien sur le désespoir, fors la haine, mais avec la colère et l’usure des souffrances qui se répètent, avec la faim et la peur du lendemain, avec nos seuls coudes serrés pour nous tenir chaud, et nos larmes en écho, et nos rires enfuis, un jour, avec juste ça, entre hommes et femmes, nous n’aurons plus besoin que d’un rêve pour nous éveiller.

Cette histoire est une utopie, de la trempe de celle qui nous nous font toucher du doigt combien la fraternité pourrait changer le monde, pourrait même nous sauver nous-mêmes.
Un rêve qui prend peu à peu réalité en haut d’une colline, et qui veillées après veillées, défie les injustices et le pouvoir des puissants.

C’est aussi un récit qui vous prend aux tripes et vous fait aimer ses personnages au point de souhaiter ardemment qu’ils survivent. On se surprend à ne plus vouloir les quitter, à trembler pour eux, à vouloir protester à leurs côtés en s’exposant sans broncher aux bâtons de la Garde, ou en entonnant la Gigue de la Gabelle, cette chanson de protestation contre une taxe de plus, les condamnant à d’arbitraires et cruelles restrictions au profit de ceux qui les rançonnent sans cesse davantage.

          « Allez trime et sue et paie la gabelle 
Pour ton prince ton roi et ta citadelle
Tu es laid tu pues et tu pisses le sel 
Mais ton prince ton roi chient dans la flanelle »

Pour le lecteur, la colère gronde et monte à l'unisson devant tant de persécutions, et quand celle-ci appelle à la vengeance, les paroles de Parleur nous donnent de sacrées leçons :

— Combattre ne se fait pas forcément par les armes, Qatam, et la mort n’est jamais une victoire.
— Après saint Qatam, voici saint Karel, railla le trappeur.
Je l’aurais volontiers giflé, mais la gifle n’aurait pas atteint sa destination et il m’aurait remerciée de lui donner raison. Parleur usa d’un autre argument :
— Ce n’était pas de Karel. Même lorsqu’il maniait les évidences, Karel était beaucoup plus élégant que moi, beaucoup plus retors aussi. Par exemple, dans une situation comme la nôtre, il aurait écrit : La violence est la seule légitimité de ceux qui bafouent la justice. Le juste,lui, n’a besoin d’aucune excuse pour faire valoir le droit…

Ce roman est une ode à la liberté, un hymne à la solidarité, un cantique à la gloire des affranchis, une symphonie de la fraternité, et évidemment un chœur de mille voix qui résonnera longtemps dans mon esprit après l’avoir perçu…

— Je crois que si nous nous mêlions tous de ce qui ne nous regarde pas, dit Parleur, le monde entier finirait par nous concerner.

Je n’ai malheureusement pas le talent d’orateur de Parleur, vénérable personnage central de cette histoire, même si son humilité réfuterait certainement ce titre, mais je me sentirais bien inutile et ce blog vraiment dérisoire, si je n’essayais pas de vous convaincre de lire cette histoire ^^

Je termine en beauté la 2ème édition de mon challenge de la Licorne avec ce roman magnifique, qui a remporté le Prix Ozone ! J’ai envie de dire « seulement ? » tellement je le place tout en haut, parmi les grands !
                                          

mardi 16 août 2016

Séance de rattra’pages #6

N’ayant pas la possibilité de chroniquer toutes mes lectures, j’ai créé ce petit rendez-vous trimestriel permettant de faire la synthèse de mes découvertes passées, et surtout d'en garder la trace.
Ce billet, publié à chaque fin de trimestre, est comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques des trois derniers mois écoulés.
Voici donc mes lectures des mois d'avril, mai, et juin 2016, classées par ordre de préférences !
Et pour retrouver les précédentes séances, c'est par ici...

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(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches Livr'addict) 
Les coups de cœur :

  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 1 : Genèse de Peter F. Hamilton (512 pages) : ❤  Un premier tome introductif un peu rébarbatif dans les 50 premières pages, mais sur lesquelles il ne faut surtout pas s'appesantir sous peine de passer à côté de quelque chose d'immense !!!
  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 2 : Émergence de Peter F. Hamilton (512 pages) : ❤  Nous voilà de plein pied dans le vif du sujet, et quel sujet !!! D'une ampleur vertigineuse, l'histoire n'en finit pas de nous bluffer plus on s'y installe. Impossible de ne pas se jeter sur la troisième partie ^^
  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 3 : Expansion de Peter F. Hamilton (544 pages) : ❤  Waouh !!!  J'ai retrouvé des sensations me rappelant combien j'aime le Space opera ! Un univers époustouflant, des personnages géniaux, une intrigue électrisante, absolument TOUT est brillantissime !!! Vivement la suite qui est fort heureusement déjà en ma possession ;) Chronique à venir...
  • Le Livre de Perle de Timothée de Fombelle (297 pages) : Une parenthèse de féerie et un grand coup de cœur pour cette lecture ! J'ai eu du mal à redescendre sur terre et suis impatiente de m'envoler à nouveau aux côtés T. de Fombelle. Un roman qui m'a vendu du rêve, un vrai bonheur *_*  Ma chronique.
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Les découvertes mémorables :
  • Macbeth de William Shakespeare (97 pages) : Après Hamlet et Le Songe d'une nuit d'été, je poursuis ma (re)découverte de Shakespeare avec bonheur ! J'ai été de nouveau emportée par ce récit, d'une beauté sombre et cruelle, comme Shakespeare en a le secret ! Peut-être bien mon préféré des trois pour l'instant ;-)
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Les bonnes surprises :
  • Livres de sang, tome 1 : Livre de sang de Clive Barker (248 pages) : Un recueil de 6 nouvelles horrifiques de grande qualité ! L'auteur m'a mise l'eau à la bouche avec Ce Livre de sang, même si certaines histoires m'ont légèrement déçue (la moitié est un ton en-dessous je trouve ^^). Le tome suivant (Une course d'enfer) trône déjà en tête de mes futures lectures ! Âmes sensibles s'abstenir :)
  • Les Chroniques des Elfes, tome 2 : L'Elfe des Terres Noires de Jean-Louis Fetjaine (255 pages) : Incontestablement mon tome favori ! Plus noir, plus oppressant, grouillant de créatures sorties tout droit de l’enfer, et dégageant une tension nous poussant vers la suite ! Ma chronique.
  • Les Chroniques des Elfes, tome 3 : Le sang des elfes de Jean-Louis Fetjaine (294 pages) : La fin de ces chroniques ouvrent la voie à la célèbre Trilogie des elfes, grand succès de l'auteur ! Mon plaisir fût amoindri par le manque d'empathie et d'attachement suscités par les personnages, mais rattrapé par l'univers, et avantageusement servi par la belle plume de J.L. Fetjaine. Ma chronique.
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Les lectures en demi-teinte :
  
  • Le Vampire des Origines, tome 2 de Collectif (348 pages) : Mon seul partenariat de ce trimestre. Une anthologie originale et très copieuse (pas moins de 15 nouvelles) à l'attractivité vampirique inégale (comme dans toute anthologie, le plaisir est variable !), et dans laquelle j'ai retenu tout particulièrement 3 récits ! Un excellent moyen de découvrir de nouveaux auteurs prometteurs ;) Ma chronique.
  • Chronique du Soupir de Mathieu Gaborit (298 pages) : Un roman qui m'a fait soupirer de frustration tellement le potentiel était grand mais pas suffisamment aboutit à mon goût ^_^ J'ai aimé tant de choses et espéré tellement davantage que le ressenti final est en demi-teinte, dommage ! Une chose est sûre, je relirai du M. Gaborit. Ma chronique.
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Bilan de ce deuxième trimestre de l'année :
8 romans, 2 recueils de nouvelles, dont 4 coups de cœur (3405 pages au total), et aucune véritable déception.

Ce trimestre aura été fort d'une immense révélation en SF (la saga de L'Aube de la Nuit de Peter F. Hamilton), comptant 3 tomes = 3 coups de , un vrai carton plein !!!
Il aura également été magique, grâce aux lectures de mon Challenge Printemps Elfique 2016 ; au total 6 livres lus, dont 1 coup de ), et aura saupoudré mon printemps de poussière féerique !

Mes objectifs du trimestre passé ont tous été remplis, ou presque, à savoir :
  1. Poursuivre ou terminer une saga en cours : (Les Chroniques des Elfes).
  2. Mettre à l'honneur un classique, ou un auteur célèbre : (Macbeth de Shakespeare).
  3. Lire un maximum de romans SFFFH(*) : 9/10, pas mal...
  4. Chroniquer davantage : seulement 5 billets publiés, peut mieux faire ^_^
Je vais tenter de m'améliorer (lire et publier davantage) pour vous offrir un prochain trimestre plus fourni !
Je vous donne rendez-vous à l'automne pour une prochaine séance ;-)
En attendant, passez une belle fin d'été, lisez, bloguez, et surtout profitez ;-)

(* Science-fiction, Fantasy, Fantastique, Horreur) 

samedi 6 août 2016

Le maître des illusions de Donna Tartt

Synopsis : En décrochant une bourse à l'université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s'entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l'opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres classiques à cinq étudiants apparemment très liés. Contre l'avis de ses professeurs, il tente de s'introduire dans le groupe de ces jeunes gens marginaux sur qui courent les plus folles rumeurs. Et il est loin d'imaginer ce que lui coûtera sa curiosité.

Drame – 706 pages – Editions Pocket (2004)

Avis : C’est en regardant l’émission de La grande librairie ; SPÉCIALE « LA VALISE IDÉALE DE L'ÉTÉ », et grâce à l’enthousiasme communicatif de Yann Queffélec pour ce roman qu’il présentait comme « obligatoire », que j’ai décidé de l’inclure dans le Challenge de La Licorne pour la session policiers/thrillers.
Incontestablement, je ressors impressionnée par la maitrise de Donna Tartt, et si je devais qualifier ce roman par un seul et unique adjectif, ce serait FASCINANT !!!
Roman de campus (campus-novel), et premier livre de Donna Tartt, son succès fut mondial (traduit dans 23 langues), et la propulsa sur le devant de la scène littéraire américaine. D’ailleurs, pour la petite histoire, elle commença à l’écrire durant ses études dans le Vermont  (justement !) au Bennington College, où elle s’était liée d’amitié avec l'écrivain Bret Easton Ellis, et le termina huit ans après en le dédicaçant à son ami. Difficile de ne pas retrouver dans les superbes descriptions de l’ambiance universitaire et du cadre rural et verdoyant du Vermont, les souvenirs de campus de l’auteure !

Ne vous attendez pas à un classique du genre. Cette histoire vous emmènera sur des chemins inexplorés. Dans quel registre le classer ? Je le placerais bien parmi les thrillers dramatico-psychologiques.
Dès les premières pages, l’esquisse du drame et de ses auteurs est ébauchée par l’intermédiaire de Richard Papen, un jeune homme de 28 ans qui revient sur ce qu’il a vécu à l’âge de 19 ans à l’université de Hampden. Désenchanté de sa Californie natale, désabusé par des parents indifférents et étroits d’esprit, c’est à corps perdu qu’il va se jeter sur la première brochure de campus venue. Celui-ci est providentiellement située dans le Vermont, à l’autre bout du pays, bien loin de tous ses repères et synonyme de nouveau départ.

Université de Hampden, à Hampden, dans le Vermont. Même ce nom avait une résonance austère et anglicane, du moins pour mon oreille, qui soupirait désespérément après l’Angleterre et restait sourde aux rythmes sombres et doux des petites villes de mission.

Irrésistiblement attiré par un étrange petit groupe de cinq élèves, il va forcer le destin pour se faire accepter dans le seul et unique cours de grec ancien du campus, tenu par un professeur atypique et élitiste. Fasciné par ses cinq étudiants lui paraissant inapprochables, allant jusqu’à se réinventer pour s’insérer dans ce clan singulier, le jeune homme va se laisser gagner par un besoin d’ivresse spirituelle.

Dans cette nuée de cigarettes et de sophistication sinistre, ils apparaissaient ici et là, tels les personnages d’une allégorie ou les invités morts depuis longtemps d’une garden-party oubliée.

Perversité, recherche d’absolu, quête de sublimation, ou exaltation intellectuelle, tout est bon pour excuser l’absence de morale de ce petit groupe.
A posteriori, quand je relis les toutes premières lignes du premier chapitre, j’ai l’impression qu’elles résument tellement de choses :

Est-ce que quelque chose comme la “fêlure fatale”, cette faille sombre et révélatrice qui traverse le milieu d’une vie, existe hors de la littérature ? Je croyais que non. Maintenant je pense que oui. Et je crois que voici la mienne : une avidité morbide du pittoresque à tout prix. À moi. L’histoire d’une de mes folies.

La maestria de la psychologie des personnages et toute l’ambiguïté qui se dégage de leur individualité, nous font naviguer en eaux troubles. Le seul personnage féminin du groupe, Camilla, est pour moi le plus réussi ! Tout du long, j’ai cherché à découvrir ce qui se cachait réellement sous son visage d’ange, à la sensualité froide et insaisissable.
Une tension s’installe peu à peu, prise dans la nasse des évènements, elle alourdit l’atmosphère et augmente cette impression troublante de climat délétère. 
Forcément, on ne peut s’empêcher de penser à une tragédie grecque contemporaine tellement le parallèle est omniprésent, et j’ai particulièrement apprécié certains passages durant les cours de grec.

« La mort est mère de la beauté », a dit Henry.
« Et qu’est-ce que la beauté ? »
« La terreur. »
« Bien dit, a conclu Julian. La beauté est rarement douce ou consolatrice. Plutôt le contraire. La véritable beauté est toujours très inquiétante. »
J’ai regardé Camilla, son visage inondé de soleil, et pensé à ce vers de l’Iliade que j’aime tant, à propos de Pallas Athénée et de l’éclat terrible de ses yeux.
« Et si la beauté est la terreur, a repris Julian, alors qu’est-ce que le désir ? Nous croyons avoir de nombreux désirs, mais en fait nous n’en avons qu’un. Lequel ? »
« Vivre », a dit Camilla.

Nombreux sont les extraits que j'avais séléctionné pour vous, mais l'essence de ce roman ne peut se résumer à travers eux !

En un certain sens, c’est ce qui me rapprochait tant des autres au cours de grec. Eux aussi connaissaient ce paysage magnifique et déchirant, mort depuis des siècles ; ils avaient fait la même expérience en quittant leurs livres avec des yeux du cinquième siècle pour découvrir un monde étrangement léthargique, étranger, comme si ce n’était pas le leur. C’est pour cela que j’admirais surtout Julian, et Henry. Leurs yeux, leurs oreilles et toute leur raison étaient irrévocablement fixés dans les confins de ces rythmes antiques et sévères – ils n’habitaient pas ce monde, en fait, du moins pas celui que nous connaissons – et loin d’être des visiteurs occasionnels au pays où je n’étais moi-même qu’un touriste plein d’admiration, ils y résidaient presque en permanence, autant, me semble-t-il, qu’il leur était possible. Le grec ancien est une langue difficile, très difficile, en vérité, et il est hautement possible de l’étudier sa vie durant sans jamais pouvoir en prononcer le premier mot ; et je dois sourire, encore aujourd’hui, en repensant à l’anglais formel et délibéré d’Henry, l’anglais d’un étranger bien éduqué, comparé à la fluidité et à la merveilleuse assurance de son grec - rapide, éloquent, d’un esprit mordant. 

Pas étonnant que Donna Tartt ait obtenu le prix Pulitzer avec son troisième roman Le Chardonneret, publié plus de 20 ans après celui-ci, car elle est incontestablement une grande plume de la littérature contemporaine américaine.

Merci, mille mercis Monsieur Queffélec !!! Sans vous je serais passée à côté de ce roman, et c'eût été vraiment dommage ^_^



samedi 23 juillet 2016

Le guide des fées : Regards sur la femme de Audrey Cansot et Virginie Barsagol

Synopsis : Le Guide des fées est un parcours dans le temps à la rencontre des fées, des plus célèbres aux plus inattendues. Attraper les fées là où elles se cachent, des territoires littéraires aux oeuvres cinématographiques en passant par la BD et la peinture, autant de champs que les reines du merveilleux ont investis au fil des siècles. La lecture du guide est aussi un voyage qui tente de révéler la profusion des regards portés sur la figure féérique, ainsi que son évolution, riche et complexe au fil des époques traversées.

Essai – 144 pages – Editions ActuSF (Les 3 souhaits) (2015)

Avis : C’est grâce au concours organisé par Ma Fée préférée Stelphique, et à l’occasion de ma participation à son Challenge Printemps Elfique 2016, que j’ai gagné ce guide.
Et je peux vous dire d’emblée que j’en ai appris des choses *_*
Les petites créatures ailées (mais pas seulement, car toutes les fées n’ont pas forcément d’ailes ^^) ne devraient plus avoir de secrets pour moi après cette lecture, mais vu qu'elles ont plus d'un tour dans leurs sacs à main, je ne prétendrai pas être devenue une spécialiste. 
Pour cela nous avons Audrey Cansot et Virginie Barsagol !

Amoureuses et amoureux des fées, ce guide est fait pour vous :)
Voici une véritable encyclopédie de la créature féerique et de ses différentes représentations à travers les siècles.

Comme le laisse présager les premières lignes de l’introduction générale, la fée se décline sous de multiples facettes :
« Aujourd’hui, qui dit fée pense instantanément fée Clochette ou minuscule créature blonde et dotée d’ailes. Toujours gentille la fée, au pire un peu peste, mais pas bien effrayante… Qu’en est-il réellement ? Les fées, dont les premiers avatars datent de l’Antiquité, n’ont pas toujours été assimilées à cette image. À y regarder de plus près dans le patrimoine légendaire et littéraire, les représentations de la fée sont diverses et bien complexes. On se surprend à découvrir des fées qui suscitent l’effroi, des fées décrites comme des reines de royaumes de perdition pour tout mortel osant s’y frayer un chemin, des fées dont l’appétit sexuel déclenche des cyclones, des fées capables de remettre en cause par leur existence même l’équilibre d’un ordre social…»
Ce guide retrace toute l’histoire des fées par chapitres chronologiques, qui eux-mêmes sont enrichis de fiches (58 au total, ce n’est pas rien !) reprenant les grandes figures, les différents courants ou influences féeriques, leurs particularités en fonction du contexte historique, etc… 
À la fin de chaque fiche, les références associées, les résonances littéraires où picturales, comment explorer davantage le sujet, ou naviguer dans les autres pages du guide, font écho à celle en question.
Vous l’avez compris, le sujet est vaste, et richement documenté !

J’ai été, par exemple, très intéressée de découvrir que l’origine des fées date de l’Antiquité. Des déesses - fileuses et maîtresses de la destinée - aux fées, il n’y a qu’un fil pour passer de la légende aux premières fictions.
« Au commencement étaient… les déesses de la destinée, les célèbres Parques romaines, elles-mêmes héritières des Moires Grecques
De leurs mères grecques et romaines, les fées vont hériter de la puissance sur le cours de la vie des mortels, et certaines d’entre elles seront décrites comme maîtresses dans l’art du filage.»
Comme l'indique aussi son titre, c'est aussi un excellent regard sur la femme par le prisme de la féérie.
J’ai trouvé assez fascinant de rapprocher la figure féérique et ses différentes allégories avec l’image de la femme, de comparer l’évolution des mentalités avec les mutations de ces demoiselles (qui ne sont d’ailleurs pas toujours jeunes, belles et gentilles). 
Folklores et traditions se mêlant aux us et coutumes de l’époque pour nous offrir tout un panel de fées à travers les âges, vous ne serez pas déçus, l'éventail est bigrement coloré ;-)

Certain(e)s fiches ou chapitres, comme : « Et Shakespeare créa la Fée Mab », « Le romantisme et les fées », « Fée et psychanalyse » m’ont passionnée.  
« Nous avons tous en tête l’intrigue de Roméo et Juliette, cette histoire d’amour contrariée par les différences sociales et la malchance. En revanche, on ne se souvient guère de la fée Mab, à laquelle Mercutio fait allusion avant le bal où Roméo tombera amoureux de Juliette…»
Cette nuit pendant mon sommeil, la fée Tatillonne (la chipie !) m’a susurré à l’oreille un seul petit regret ; que ses congénères contemporaines ne soient pas davantage représentées dans l’ultime chapitre : « Ouvertures sur le XXIe : quelles perspectives pour la fée aujourd’hui ? ». 
Et en effet, par exemple je n’ai pas trouvé de thèmes sur "La fée dans l’univers des séries TV" (un support pourtant en plein boum) aujourd'hui, ou même une petite fiche sur "Les fées en Urban fantasy", pouvant receler des traces (voire même un sillage) de poussière féerique, deux viviers incontournables et propices au relooking de nos fées "branchées" actuelles. 
Mais peut-être les retrouverons-nous dans un autre guide, car je suis convaincue que la fée a encore de beaux siècles devant elle ;-)

Si vous pensez avoir déjà fait le tour de la question, penchez-vous de près sur ces pages, et je vous garantis que vous y découvrirez tout un tas de nouvelles inspirations dans ce domaine.

Un grand merci à Stelphique pour son challenge et le concours associé, ainsi qu'à Charlotte Volper des éditions ActuSf pour  sa confiance et l’envoi de ce livre! 



mardi 14 juin 2016

Le Livre de Perle de Timothée de Fombelle

Synopsis : Tombé dans notre monde une nuit d’orage, un homme emprunte le nom de Joshua Perle et commence une vie d’exilé. Cette nouvelle vie fugitive, déchirée par un chagrin d’amour, est aussi une quête mystérieuse. Au fil du siècle, Perle rassemble un trésor pour défaire le sort qui l’a conduit loin de chez lui. Mais ceux qui l’ont banni et le traquent le laisseront-ils trouver le chemin du retour? Perle a-t-il raison de penser que la fille qu’il aime l’attend toujours là-bas?

Conte – 297 pages – Editions Gallimard (2014)

Avis : Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d’un coup de cœur !
Eh bien le voici enfin, l’heureux élu, celui qui aura fait vibrer mon cœur à l’occasion de mon Challenge Printemps Elfique 2016 !
Ce Livre de Perle ne pouvait porter un autre titre, car nous détenons là une vraie petite perle, précieuse et unique <3
Une perle aux pouvoirs magiques, que j’ai gardée longtemps entre mes mains après avoir tourné la dernière page, de peur qu’elle ne s’évapore entre mes doigts… il me fallait la placer dans l’écrin de mes souvenirs, afin qu’elle y reste éternellement !

Cette histoire, JE VEUX qu’elle soit vraie, JE VEUX y croire !

JE VEUX imaginer que l’auteur, celui qui nous raconte cette merveilleuse histoire, ait véritablement rencontré Joshua Perle en se réveillant dans une cabane après une course éperdue dans la forêt à l’âge de 14 ans. Que cet évènement, enfoui dans ses souvenirs d’enfance comme un rêve, et brusquement ressurgit 25 ans plus tard, à l’occasion d’un bal des pompiers de 14 juillet, soit on ne peut plus réel.

Mais il avait un espoir. L’espoir qu’un jour on puisse raconter cette histoire qui parlait d’amour et d’exil, et qui finissait mal. Les histoires ne relèvent pas les morts mais elles rendent leurs amours immortelles

JE VEUX croire qu’il existe un autre temps, une autre terre, un autre univers ; celui des contes, et des royaumes enchantés, où les fées tombent amoureuses des princes, et où un sortilège de bannissement exile un jeune garçon pour le parachuter dans notre monde, devant un magasin de guimauves.

Plutôt que de chercher la sortie, il devait changer ce monde qui s’interdisait de croire aux autres royaumes. Le doute était sa prison. Il la briserait par la preuve. Voilà qui déferait son sort et le ramènerait chez lui.

JE VEUX que les trois récits - celui d’Ilian le prince exilé, de Joshua Perle et de l’auteur de ces pages - étroitement liés par un fil de féérie auquel je me suis accrochée avec mon âme d’enfant -, me laissent ce sentiment d’émerveillement encore longtemps. 

JE VEUX aussi espérer qu’il existe une brèche entre nos deux mondes, et que tous ces "fragments perdus des féeries" que Joshua cherche à retrouver pour ouvrir cette brèche et retourner dans le royaume de sa bien-aimée, existent réellement.

Comment parler à cet homme de son royaume et de l’amour qui l’y attendait peut-être ? Ilian avait été abandonné dans les grands bois de notre planète. Et les petits cailloux ou les écailles venus d’ailleurs dessinaient le seul chemin pour son retour.

À défaut d’avoir la chance de tenir un jour entre mes mains un de ces fragments, où même une des photos volées par ce jeune garçon, JE VEUX lire tous les autres romans de Timothée de Fombelle, pour qu’ils me fassent rêver les yeux ouverts comme celui-ci.

JE VEUX croire de toutes mes forces à cette célèbre citation de Peter Pan, reprise à la fin du roman, et me dire qu’aucune petite fée ne disparaîtra jamais à cause de moi.
Chaque fois que quelqu’un dit : « Je ne crois pas aux contes de fées », il y a une petite fée quelque part qui tombe raide morte. - J. M.Barrie, Peter Pan
Et JE VEUX également dire merci à la petite fée (qui se reconnaîtra), de m’avoir guidée de ses petites ailes scintillantes vers cette parenthèse livresque enchantée, son Challenge Printemps Elfique étant à l’origine de la découverte d’une VÉRITABLE PERLE DE FÉERIE qui jamais ne devrait cesser de briller dans ma mémoire.

L'avis de Céline, en résonance avec mon ressenti, et que je remercie pour la confiance qu'elle m'a témoigné en découvrant ce merveilleux roman :)

dimanche 5 juin 2016

Chronique du Soupir de Mathieu Gaborit

Synopsis : Lilas, une naine flamboyante, a choisi, depuis la disparition de Frêne, son époux, de prendre sa retraite de Chef de la garde du palais de la Haute Fée pour ouvrir une auberge au bord de la mer, à l'endroit même où Frêne s'est "ancré" pour l'éternité. Entourée de quelques amis et d'Errence, un elfe qui est aussi son amant, elle mène une existence un peu trop paisible à son goût.
Alors qu'elle s'interroge avec angoisse sur son devenir, son fils Saule, pourchassé par un groupe de miliciens au service de la Haute Fée, fait irruption dans l'auberge. Il serre dans ses bras une adolescente de 16 ans, Brune, qui est à l'agonie.
Après quelques heures d'hésitation, et bien que pressentant l'immense danger qui émane de façon indiscible de la personnalité de Brune, Lilas décide de les protéger envers et contre tous.

Fantasy – 298 pages – Editions Le Pré aux Clercs (2011)

Avis : Chronique du Soupir… Un bien joli titre, s’intégrant à merveille dans mon Challenge Printemps Elfique, et qui a immédiatement fait soupirer d’attente la lectrice que je suis, me susurrant déjà à l’oreille mille promesses d’émotions garanties !
La faute à Mr Larousse aussi, il m’avait bien alléchée avec sa définition, le bougre ! :
Soupir : Expiration forte et prolongée occasionnée par une sensation, une forte émotion. Expression du chagrin, de la peine, de la passion amoureuse...
Me voilà donc prévenue ; le soupir, ça doit remuer un minimum, quoique…

Ce que Mr Larousse ne disait pas, le petit cachottier, c’est que le soupir peut aussi être à l’origine de tout un tas d’autres sentiments, comme par exemple d’un espoir déçu, ou d’un simple désenchantement face à une attente surdimensionnée… 
Et c’est un soupir de cet ordre-là qui s’est échappé de ma bouche à la fin du roman !

Un autre soupir s’évade aussi en écrivant ce billet, tiraillée et mise en difficulté par les sentiments mitigés que m’évoque cette lecture.

De soupirs, il est ici effectivement question, tant les personnages en sont lestés. 
Mais aussi de leurs souffles, infiniment lourds lorsqu’ils nous arrivent en plein visage dès les premières pages, asphyxiant toute envie d’en ignorer les causes.
Indéniablement, j’ai aimé l’originalité de l’histoire, et toutes les belles idées venues s’y engouffrer.


— Écoute-moi bien. Il y a la fée dans ton cœur et le souffle qu’elle te donne. Ce souffle, c’est un don, c’est une magie qu’il faut honorer. Mais ce n’est pas sa magie, tu comprends ? Ta fée n’est que le métal dont on fait les épées.

Partant du principe que tout être vivant (humains, nains, elfes...) vit avec une petite fée nichée à la place du cœur, j'ai été propulsée dans un monde singulier où les nains s’ancrent pour l’éternité en devenant des statues de pierre, où le pouvoir individuel du souffle est primordial et au centre de l’existence, où les sirènes peuvent nous bercer de chants polyphoniques ensorcelants,... bref, en pleine bourrasque fantasy, faisant voler en éclat tous mes repères, comme j'aime !!!

Certaines scènes m’ont fait soupirer d’aise pour leur créativité, et ont diffusé de sacrés flux d’inspiration de la part de l’auteur, comme ce baiser aux souffles mêlés...

La sensation d’être un oiseau qui avance à une vitesse prodigieuse, mais par à-coups. Portée par le souffle, sa conscience marque de brusques accélérations alternées avec des moments suspendus. Les champs féeriques acceptent le passage des deux souffles entremêlés. Le désir qui les lie agit comme un sésame.

Mais alors pourquoi ce sentiment de désappointement persiste-t-il me direz-vous ?

Sans doute parce que j’ai été frustrée de ne pas réussir à m’ancrer davantage dans le récit, à l’instar des nains ! Pas pour me changer en pierre, mais pour au contraire ressentir les sensations que l’histoire aurait pu m’insuffler, celles qui auraient pu faire s’agiter la petite fée dans ma poitrine.
Malheureusement, celle-ci s’est laissée engourdir par l’absence de lumière en général ! Je suis restée trop longtemps dans l’obscurité, sans petite lueur féerique pour me guider dans les méandres des lignes de vie. Les réponses sont arrivées trop tardivement, provoquant une sensation d'errance (comme Errence, un des personnages justement !) pendant une bonne partie de l'histoire ^_^

Privée de ce frémissement que j’aurais tant prisé, mon souffle n’a pas été coupé par l’émotion…  *soupir*…  et c'est bien dommage car je voulais tant soupirer à l'unisson.
Mais le souvenir restera bon, et porteur de l'ambition de lire d'autres romans de Mathieu Gaborit :)