mardi 16 août 2016

Séance de rattra’pages #6

N’ayant pas la possibilité de chroniquer toutes mes lectures, j’ai créé ce petit rendez-vous trimestriel permettant de faire la synthèse de mes découvertes passées, et surtout d'en garder la trace.
Ce billet, publié à chaque fin de trimestre, est comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques des trois derniers mois écoulés.
Voici donc mes lectures des mois d'avril, mai, et juin 2016, classées par ordre de préférences !
Et pour retrouver les précédentes séances, c'est par ici...

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(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches Livr'addict) 
Les coups de cœur :

  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 1 : Genèse de Peter F. Hamilton (512 pages) : ❤  Un premier tome introductif un peu rébarbatif dans les 50 premières pages, mais sur lesquelles il ne faut surtout pas s'appesantir sous peine de passer à côté de quelque chose d'immense !!!
  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 2 : Émergence de Peter F. Hamilton (512 pages) : ❤  Nous voilà de plein pied dans le vif du sujet, et quel sujet !!! D'une ampleur vertigineuse, l'histoire n'en finit pas de nous bluffer plus on s'y installe. Impossible de ne pas se jeter sur la troisième partie ^^
  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 3 : Expansion de Peter F. Hamilton (544 pages) : ❤  Waouh !!!  J'ai retrouvé des sensations me rappelant combien j'aime le Space opera ! Un univers époustouflant, des personnages géniaux, une intrigue électrisante, absolument TOUT est brillantissime !!! Vivement la suite qui est fort heureusement déjà en ma possession ;) Chronique à venir...
  • Le Livre de Perle de Timothée de Fombelle (297 pages) : Une parenthèse de féerie et un grand coup de cœur pour cette lecture ! J'ai eu du mal à redescendre sur terre et suis impatiente de m'envoler à nouveau aux côtés T. de Fombelle. Un roman qui m'a vendu du rêve, un vrai bonheur *_*  Ma chronique.
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Les découvertes mémorables :
  • Macbeth de William Shakespeare (97 pages) : Après Hamlet et Le Songe d'une nuit d'été, je poursuis ma (re)découverte de Shakespeare avec bonheur ! J'ai été de nouveau emportée par ce récit, d'une beauté sombre et cruelle, comme Shakespeare en a le secret ! Peut-être bien mon préféré des trois pour l'instant ;-)
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Les bonnes surprises :
  • Livres de sang, tome 1 : Livre de sang de Clive Barker (248 pages) : Un recueil de 6 nouvelles horrifiques de grande qualité ! L'auteur m'a mise l'eau à la bouche avec Ce Livre de sang, même si certaines histoires m'ont légèrement déçue (la moitié est un ton en-dessous je trouve ^^). Le tome suivant (Une course d'enfer) trône déjà en tête de mes futures lectures ! Âmes sensibles s'abstenir :)
  • Les Chroniques des Elfes, tome 2 : L'Elfe des Terres Noires de Jean-Louis Fetjaine (255 pages) : Incontestablement mon tome favori ! Plus noir, plus oppressant, grouillant de créatures sorties tout droit de l’enfer, et dégageant une tension nous poussant vers la suite ! Ma chronique.
  • Les Chroniques des Elfes, tome 3 : Le sang des elfes de Jean-Louis Fetjaine (294 pages) : La fin de ces chroniques ouvrent la voie à la célèbre Trilogie des elfes, grand succès de l'auteur ! Mon plaisir fût amoindri par le manque d'empathie et d'attachement suscités par les personnages, mais rattrapé par l'univers, et avantageusement servi par la belle plume de J.L. Fetjaine. Ma chronique.
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Les lectures en demi-teinte :
  
  • Le Vampire des Origines, tome 2 de Collectif (348 pages) : Mon seul partenariat de ce trimestre. Une anthologie originale et très copieuse (pas moins de 15 nouvelles) à l'attractivité vampirique inégale (comme dans toute anthologie, le plaisir est variable !), et dans laquelle j'ai retenu tout particulièrement 3 récits ! Un excellent moyen de découvrir de nouveaux auteurs prometteurs ;) Ma chronique.
  • Chronique du Soupir de Mathieu Gaborit (298 pages) : Un roman qui m'a fait soupirer de frustration tellement le potentiel était grand mais pas suffisamment aboutit à mon goût ^_^ J'ai aimé tant de choses et espéré tellement davantage que le ressenti final est en demi-teinte, dommage ! Une chose est sûre, je relirai du M. Gaborit. Ma chronique.
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Bilan de ce deuxième trimestre de l'année :
8 romans, 2 recueils de nouvelles, dont 4 coups de cœur (3405 pages au total), et aucune véritable déception.

Ce trimestre aura été fort d'une immense révélation en SF (la saga de L'Aube de la Nuit de Peter F. Hamilton), comptant 3 tomes = 3 coups de , un vrai carton plein !!!
Il aura également été magique, grâce aux lectures de mon Challenge Printemps Elfique 2016 ; au total 6 livres lus, dont 1 coup de ), et aura saupoudré mon printemps de poussière féerique !

Mes objectifs du trimestre passé ont tous été remplis, ou presque, à savoir :
  1. Poursuivre ou terminer une saga en cours : (Les Chroniques des Elfes).
  2. Mettre à l'honneur un classique, ou un auteur célèbre : (Macbeth de Shakespeare).
  3. Lire un maximum de romans SFFFH(*) : 9/10, pas mal...
  4. Chroniquer davantage : seulement 5 billets publiés, peut mieux faire ^_^
Je vais tenter de m'améliorer (lire et publier davantage) pour vous offrir un prochain trimestre plus fourni !
Je vous donne rendez-vous à l'automne pour une prochaine séance ;-)
En attendant, passez une belle fin d'été, lisez, bloguez, et surtout profitez ;-)

(* Science-fiction, Fantasy, Fantastique, Horreur) 

samedi 6 août 2016

Le maître des illusions de Donna Tartt

Synopsis : En décrochant une bourse à l'université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s'entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l'opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres classiques à cinq étudiants apparemment très liés. Contre l'avis de ses professeurs, il tente de s'introduire dans le groupe de ces jeunes gens marginaux sur qui courent les plus folles rumeurs. Et il est loin d'imaginer ce que lui coûtera sa curiosité.

Drame – 706 pages – Editions Pocket (2004)

Avis : C’est en regardant l’émission de La grande librairie ; SPÉCIALE « LA VALISE IDÉALE DE L'ÉTÉ », et grâce à l’enthousiasme communicatif de Yann Queffélec pour ce roman qu’il présentait comme « obligatoire », que j’ai décidé de l’inclure dans le Challenge de La Licorne pour la session policiers/thrillers.
Incontestablement, je ressors impressionnée par la maitrise de Donna Tartt, et si je devais qualifier ce roman par un seul et unique adjectif, ce serait FASCINANT !!!
Roman de campus (campus-novel), et premier livre de Donna Tartt, son succès fut mondial (traduit dans 23 langues), et la propulsa sur le devant de la scène littéraire américaine. D’ailleurs, pour la petite histoire, elle commença à l’écrire durant ses études dans le Vermont  (justement !) au Bennington College, où elle s’était liée d’amitié avec l'écrivain Bret Easton Ellis, et le termina huit ans après en le dédicaçant à son ami. Difficile de ne pas retrouver dans les superbes descriptions de l’ambiance universitaire et du cadre rural et verdoyant du Vermont, les souvenirs de campus de l’auteure !

Ne vous attendez pas à un classique du genre. Cette histoire vous emmènera sur des chemins inexplorés. Dans quel registre le classer ? Je le placerais bien parmi les thrillers dramatico-psychologiques.
Dès les premières pages, l’esquisse du drame et de ses auteurs est ébauchée par l’intermédiaire de Richard Papen, un jeune homme de 28 ans qui revient sur ce qu’il a vécu à l’âge de 19 ans à l’université de Hampden. Désenchanté de sa Californie natale, désabusé par des parents indifférents et étroits d’esprit, c’est à corps perdu qu’il va se jeter sur la première brochure de campus venue. Celui-ci est providentiellement située dans le Vermont, à l’autre bout du pays, bien loin de tous ses repères et synonyme de nouveau départ.

Université de Hampden, à Hampden, dans le Vermont. Même ce nom avait une résonance austère et anglicane, du moins pour mon oreille, qui soupirait désespérément après l’Angleterre et restait sourde aux rythmes sombres et doux des petites villes de mission.

Irrésistiblement attiré par un étrange petit groupe de cinq élèves, il va forcer le destin pour se faire accepter dans le seul et unique cours de grec ancien du campus, tenu par un professeur atypique et élitiste. Fasciné par ses cinq étudiants lui paraissant inapprochables, allant jusqu’à se réinventer pour s’insérer dans ce clan singulier, le jeune homme va se laisser gagner par un besoin d’ivresse spirituelle.

Dans cette nuée de cigarettes et de sophistication sinistre, ils apparaissaient ici et là, tels les personnages d’une allégorie ou les invités morts depuis longtemps d’une garden-party oubliée.

Perversité, recherche d’absolu, quête de sublimation, ou exaltation intellectuelle, tout est bon pour excuser l’absence de morale de ce petit groupe.
A posteriori, quand je relis les toutes premières lignes du premier chapitre, j’ai l’impression qu’elles résument tellement de choses :

Est-ce que quelque chose comme la “fêlure fatale”, cette faille sombre et révélatrice qui traverse le milieu d’une vie, existe hors de la littérature ? Je croyais que non. Maintenant je pense que oui. Et je crois que voici la mienne : une avidité morbide du pittoresque à tout prix. À moi. L’histoire d’une de mes folies.

La maestria de la psychologie des personnages et toute l’ambiguïté qui se dégage de leur individualité, nous font naviguer en eaux troubles. Le seul personnage féminin du groupe, Camilla, est pour moi le plus réussi ! Tout du long, j’ai cherché à découvrir ce qui se cachait réellement sous son visage d’ange, à la sensualité froide et insaisissable.
Une tension s’installe peu à peu, prise dans la nasse des évènements, elle alourdit l’atmosphère et augmente cette impression troublante de climat délétère. 
Forcément, on ne peut s’empêcher de penser à une tragédie grecque contemporaine tellement le parallèle est omniprésent, et j’ai particulièrement apprécié certains passages durant les cours de grec.

« La mort est mère de la beauté », a dit Henry.
« Et qu’est-ce que la beauté ? »
« La terreur. »
« Bien dit, a conclu Julian. La beauté est rarement douce ou consolatrice. Plutôt le contraire. La véritable beauté est toujours très inquiétante. »
J’ai regardé Camilla, son visage inondé de soleil, et pensé à ce vers de l’Iliade que j’aime tant, à propos de Pallas Athénée et de l’éclat terrible de ses yeux.
« Et si la beauté est la terreur, a repris Julian, alors qu’est-ce que le désir ? Nous croyons avoir de nombreux désirs, mais en fait nous n’en avons qu’un. Lequel ? »
« Vivre », a dit Camilla.

Nombreux sont les extraits que j'avais séléctionné pour vous, mais l'essence de ce roman ne peut se résumer à travers eux !

En un certain sens, c’est ce qui me rapprochait tant des autres au cours de grec. Eux aussi connaissaient ce paysage magnifique et déchirant, mort depuis des siècles ; ils avaient fait la même expérience en quittant leurs livres avec des yeux du cinquième siècle pour découvrir un monde étrangement léthargique, étranger, comme si ce n’était pas le leur. C’est pour cela que j’admirais surtout Julian, et Henry. Leurs yeux, leurs oreilles et toute leur raison étaient irrévocablement fixés dans les confins de ces rythmes antiques et sévères – ils n’habitaient pas ce monde, en fait, du moins pas celui que nous connaissons – et loin d’être des visiteurs occasionnels au pays où je n’étais moi-même qu’un touriste plein d’admiration, ils y résidaient presque en permanence, autant, me semble-t-il, qu’il leur était possible. Le grec ancien est une langue difficile, très difficile, en vérité, et il est hautement possible de l’étudier sa vie durant sans jamais pouvoir en prononcer le premier mot ; et je dois sourire, encore aujourd’hui, en repensant à l’anglais formel et délibéré d’Henry, l’anglais d’un étranger bien éduqué, comparé à la fluidité et à la merveilleuse assurance de son grec - rapide, éloquent, d’un esprit mordant. 

Pas étonnant que Donna Tartt ait obtenu le prix Pulitzer avec son troisième roman Le Chardonneret, publié plus de 20 ans après celui-ci, car elle est incontestablement une grande plume de la littérature contemporaine américaine.

Merci, mille mercis Monsieur Queffélec !!! Sans vous je serais passée à côté de ce roman, et c'eût été vraiment dommage ^_^



samedi 23 juillet 2016

Le guide des fées : Regards sur la femme de Audrey Cansot et Virginie Barsagol

Synopsis : Le Guide des fées est un parcours dans le temps à la rencontre des fées, des plus célèbres aux plus inattendues. Attraper les fées là où elles se cachent, des territoires littéraires aux oeuvres cinématographiques en passant par la BD et la peinture, autant de champs que les reines du merveilleux ont investis au fil des siècles. La lecture du guide est aussi un voyage qui tente de révéler la profusion des regards portés sur la figure féérique, ainsi que son évolution, riche et complexe au fil des époques traversées.

Essai – 144 pages – Editions ActuSF (Les 3 souhaits) (2015)

Avis : C’est grâce au concours organisé par Ma Fée préférée Stelphique, et à l’occasion de ma participation à son Challenge Printemps Elfique 2016, que j’ai gagné ce guide.
Et je peux vous dire d’emblée que j’en ai appris des choses *_*
Les petites créatures ailées (mais pas seulement, car toutes les fées n’ont pas forcément d’ailes ^^) ne devraient plus avoir de secrets pour moi après cette lecture, mais vu qu'elles ont plus d'un tour dans leurs sacs à main, je ne prétendrai pas être devenue une spécialiste. 
Pour cela nous avons Audrey Cansot et Virginie Barsagol !

Amoureuses et amoureux des fées, ce guide est fait pour vous :)
Voici une véritable encyclopédie de la créature féerique et de ses différentes représentations à travers les siècles.

Comme le laisse présager les premières lignes de l’introduction générale, la fée se décline sous de multiples facettes :
« Aujourd’hui, qui dit fée pense instantanément fée Clochette ou minuscule créature blonde et dotée d’ailes. Toujours gentille la fée, au pire un peu peste, mais pas bien effrayante… Qu’en est-il réellement ? Les fées, dont les premiers avatars datent de l’Antiquité, n’ont pas toujours été assimilées à cette image. À y regarder de plus près dans le patrimoine légendaire et littéraire, les représentations de la fée sont diverses et bien complexes. On se surprend à découvrir des fées qui suscitent l’effroi, des fées décrites comme des reines de royaumes de perdition pour tout mortel osant s’y frayer un chemin, des fées dont l’appétit sexuel déclenche des cyclones, des fées capables de remettre en cause par leur existence même l’équilibre d’un ordre social…»
Ce guide retrace toute l’histoire des fées par chapitres chronologiques, qui eux-mêmes sont enrichis de fiches (58 au total, ce n’est pas rien !) reprenant les grandes figures, les différents courants ou influences féeriques, leurs particularités en fonction du contexte historique, etc… 
À la fin de chaque fiche, les références associées, les résonances littéraires où picturales, comment explorer davantage le sujet, ou naviguer dans les autres pages du guide, font écho à celle en question.
Vous l’avez compris, le sujet est vaste, et richement documenté !

J’ai été, par exemple, très intéressée de découvrir que l’origine des fées date de l’Antiquité. Des déesses - fileuses et maîtresses de la destinée - aux fées, il n’y a qu’un fil pour passer de la légende aux premières fictions.
« Au commencement étaient… les déesses de la destinée, les célèbres Parques romaines, elles-mêmes héritières des Moires Grecques
De leurs mères grecques et romaines, les fées vont hériter de la puissance sur le cours de la vie des mortels, et certaines d’entre elles seront décrites comme maîtresses dans l’art du filage.»
Comme l'indique aussi son titre, c'est aussi un excellent regard sur la femme par le prisme de la féérie.
J’ai trouvé assez fascinant de rapprocher la figure féérique et ses différentes allégories avec l’image de la femme, de comparer l’évolution des mentalités avec les mutations de ces demoiselles (qui ne sont d’ailleurs pas toujours jeunes, belles et gentilles). 
Folklores et traditions se mêlant aux us et coutumes de l’époque pour nous offrir tout un panel de fées à travers les âges, vous ne serez pas déçus, l'éventail est bigrement coloré ;-)

Certain(e)s fiches ou chapitres, comme : « Et Shakespeare créa la Fée Mab », « Le romantisme et les fées », « Fée et psychanalyse » m’ont passionnée.  
« Nous avons tous en tête l’intrigue de Roméo et Juliette, cette histoire d’amour contrariée par les différences sociales et la malchance. En revanche, on ne se souvient guère de la fée Mab, à laquelle Mercutio fait allusion avant le bal où Roméo tombera amoureux de Juliette…»
Cette nuit pendant mon sommeil, la fée Tatillonne (la chipie !) m’a susurré à l’oreille un seul petit regret ; que ses congénères contemporaines ne soient pas davantage représentées dans l’ultime chapitre : « Ouvertures sur le XXIe : quelles perspectives pour la fée aujourd’hui ? ». 
Et en effet, par exemple je n’ai pas trouvé de thèmes sur "La fée dans l’univers des séries TV" (un support pourtant en plein boum) aujourd'hui, ou même une petite fiche sur "Les fées en Urban fantasy", pouvant receler des traces (voire même un sillage) de poussière féerique, deux viviers incontournables et propices au relooking de nos fées "branchées" actuelles. 
Mais peut-être les retrouverons-nous dans un autre guide, car je suis convaincue que la fée a encore de beaux siècles devant elle ;-)

Si vous pensez avoir déjà fait le tour de la question, penchez-vous de près sur ces pages, et je vous garantis que vous y découvrirez tout un tas de nouvelles inspirations dans ce domaine.

Un grand merci à Stelphique pour son challenge et le concours associé, ainsi qu'à Charlotte Volper des éditions ActuSf pour  sa confiance et l’envoi de ce livre! 



mardi 14 juin 2016

Le Livre de Perle de Timothée de Fombelle

Synopsis : Tombé dans notre monde une nuit d’orage, un homme emprunte le nom de Joshua Perle et commence une vie d’exilé. Cette nouvelle vie fugitive, déchirée par un chagrin d’amour, est aussi une quête mystérieuse. Au fil du siècle, Perle rassemble un trésor pour défaire le sort qui l’a conduit loin de chez lui. Mais ceux qui l’ont banni et le traquent le laisseront-ils trouver le chemin du retour? Perle a-t-il raison de penser que la fille qu’il aime l’attend toujours là-bas?

Conte – 297 pages – Editions Gallimard (2014)

Avis : Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d’un coup de cœur !
Eh bien le voici enfin, l’heureux élu, celui qui aura fait vibrer mon cœur à l’occasion de mon Challenge Printemps Elfique 2016 !
Ce Livre de Perle ne pouvait porter un autre titre, car nous détenons là une vraie petite perle, précieuse et unique <3
Une perle aux pouvoirs magiques, que j’ai gardée longtemps entre mes mains après avoir tourné la dernière page, de peur qu’elle ne s’évapore entre mes doigts… il me fallait la placer dans l’écrin de mes souvenirs, afin qu’elle y reste éternellement !

Cette histoire, JE VEUX qu’elle soit vraie, JE VEUX y croire !

JE VEUX imaginer que l’auteur, celui qui nous raconte cette merveilleuse histoire, ait véritablement rencontré Joshua Perle en se réveillant dans une cabane après une course éperdue dans la forêt à l’âge de 14 ans. Que cet évènement, enfoui dans ses souvenirs d’enfance comme un rêve, et brusquement ressurgit 25 ans plus tard, à l’occasion d’un bal des pompiers de 14 juillet, soit on ne peut plus réel.

Mais il avait un espoir. L’espoir qu’un jour on puisse raconter cette histoire qui parlait d’amour et d’exil, et qui finissait mal. Les histoires ne relèvent pas les morts mais elles rendent leurs amours immortelles

JE VEUX croire qu’il existe un autre temps, une autre terre, un autre univers ; celui des contes, et des royaumes enchantés, où les fées tombent amoureuses des princes, et où un sortilège de bannissement exile un jeune garçon pour le parachuter dans notre monde, devant un magasin de guimauves.

Plutôt que de chercher la sortie, il devait changer ce monde qui s’interdisait de croire aux autres royaumes. Le doute était sa prison. Il la briserait par la preuve. Voilà qui déferait son sort et le ramènerait chez lui.

JE VEUX que les trois récits - celui d’Ilian le prince exilé, de Joshua Perle et de l’auteur de ces pages - étroitement liés par un fil de féérie auquel je me suis accrochée avec mon âme d’enfant -, me laissent ce sentiment d’émerveillement encore longtemps. 

JE VEUX aussi espérer qu’il existe une brèche entre nos deux mondes, et que tous ces "fragments perdus des féeries" que Joshua cherche à retrouver pour ouvrir cette brèche et retourner dans le royaume de sa bien-aimée, existent réellement.

Comment parler à cet homme de son royaume et de l’amour qui l’y attendait peut-être ? Ilian avait été abandonné dans les grands bois de notre planète. Et les petits cailloux ou les écailles venus d’ailleurs dessinaient le seul chemin pour son retour.

À défaut d’avoir la chance de tenir un jour entre mes mains un de ces fragments, où même une des photos volées par ce jeune garçon, JE VEUX lire tous les autres romans de Timothée de Fombelle, pour qu’ils me fassent rêver les yeux ouverts comme celui-ci.

JE VEUX croire de toutes mes forces à cette célèbre citation de Peter Pan, reprise à la fin du roman, et me dire qu’aucune petite fée ne disparaîtra jamais à cause de moi.
Chaque fois que quelqu’un dit : « Je ne crois pas aux contes de fées », il y a une petite fée quelque part qui tombe raide morte. - J. M.Barrie, Peter Pan
Et JE VEUX également dire merci à la petite fée (qui se reconnaîtra), de m’avoir guidée de ses petites ailes scintillantes vers cette parenthèse livresque enchantée, son Challenge Printemps Elfique étant à l’origine de la découverte d’une VÉRITABLE PERLE DE FÉERIE qui jamais ne devrait cesser de briller dans ma mémoire.

L'avis de Céline, en résonance avec mon ressenti, et que je remercie pour la confiance qu'elle m'a témoigné en découvrant ce merveilleux roman :)

dimanche 5 juin 2016

Chronique du Soupir de Mathieu Gaborit

Synopsis : Lilas, une naine flamboyante, a choisi, depuis la disparition de Frêne, son époux, de prendre sa retraite de Chef de la garde du palais de la Haute Fée pour ouvrir une auberge au bord de la mer, à l'endroit même où Frêne s'est "ancré" pour l'éternité. Entourée de quelques amis et d'Errence, un elfe qui est aussi son amant, elle mène une existence un peu trop paisible à son goût.
Alors qu'elle s'interroge avec angoisse sur son devenir, son fils Saule, pourchassé par un groupe de miliciens au service de la Haute Fée, fait irruption dans l'auberge. Il serre dans ses bras une adolescente de 16 ans, Brune, qui est à l'agonie.
Après quelques heures d'hésitation, et bien que pressentant l'immense danger qui émane de façon indiscible de la personnalité de Brune, Lilas décide de les protéger envers et contre tous.

Fantasy – 298 pages – Editions Le Pré aux Clercs (2011)

Avis : Chronique du Soupir… Un bien joli titre, s’intégrant à merveille dans mon Challenge Printemps Elfique, et qui a immédiatement fait soupirer d’attente la lectrice que je suis, me susurrant déjà à l’oreille mille promesses d’émotions garanties !
La faute à Mr Larousse aussi, il m’avait bien alléchée avec sa définition, le bougre ! :
Soupir : Expiration forte et prolongée occasionnée par une sensation, une forte émotion. Expression du chagrin, de la peine, de la passion amoureuse...
Me voilà donc prévenue ; le soupir, ça doit remuer un minimum, quoique…

Ce que Mr Larousse ne disait pas, le petit cachottier, c’est que le soupir peut aussi être à l’origine de tout un tas d’autres sentiments, comme par exemple d’un espoir déçu, ou d’un simple désenchantement face à une attente surdimensionnée… 
Et c’est un soupir de cet ordre-là qui s’est échappé de ma bouche à la fin du roman !

Un autre soupir s’évade aussi en écrivant ce billet, tiraillée et mise en difficulté par les sentiments mitigés que m’évoque cette lecture.

De soupirs, il est ici effectivement question, tant les personnages en sont lestés. 
Mais aussi de leurs souffles, infiniment lourds lorsqu’ils nous arrivent en plein visage dès les premières pages, asphyxiant toute envie d’en ignorer les causes.
Indéniablement, j’ai aimé l’originalité de l’histoire, et toutes les belles idées venues s’y engouffrer.


— Écoute-moi bien. Il y a la fée dans ton cœur et le souffle qu’elle te donne. Ce souffle, c’est un don, c’est une magie qu’il faut honorer. Mais ce n’est pas sa magie, tu comprends ? Ta fée n’est que le métal dont on fait les épées.

Partant du principe que tout être vivant (humains, nains, elfes...) vit avec une petite fée nichée à la place du cœur, j'ai été propulsée dans un monde singulier où les nains s’ancrent pour l’éternité en devenant des statues de pierre, où le pouvoir individuel du souffle est primordial et au centre de l’existence, où les sirènes peuvent nous bercer de chants polyphoniques ensorcelants,... bref, en pleine bourrasque fantasy, faisant voler en éclat tous mes repères, comme j'aime !!!

Certaines scènes m’ont fait soupirer d’aise pour leur créativité, et ont diffusé de sacrés flux d’inspiration de la part de l’auteur, comme ce baiser aux souffles mêlés...

La sensation d’être un oiseau qui avance à une vitesse prodigieuse, mais par à-coups. Portée par le souffle, sa conscience marque de brusques accélérations alternées avec des moments suspendus. Les champs féeriques acceptent le passage des deux souffles entremêlés. Le désir qui les lie agit comme un sésame.

Mais alors pourquoi ce sentiment de désappointement persiste-t-il me direz-vous ?

Sans doute parce que j’ai été frustrée de ne pas réussir à m’ancrer davantage dans le récit, à l’instar des nains ! Pas pour me changer en pierre, mais pour au contraire ressentir les sensations que l’histoire aurait pu m’insuffler, celles qui auraient pu faire s’agiter la petite fée dans ma poitrine.
Malheureusement, celle-ci s’est laissée engourdir par l’absence de lumière en général ! Je suis restée trop longtemps dans l’obscurité, sans petite lueur féerique pour me guider dans les méandres des lignes de vie. Les réponses sont arrivées trop tardivement, provoquant une sensation d'errance (comme Errence, un des personnages justement !) pendant une bonne partie de l'histoire ^_^

Privée de ce frémissement que j’aurais tant prisé, mon souffle n’a pas été coupé par l’émotion…  *soupir*…  et c'est bien dommage car je voulais tant soupirer à l'unisson.
Mais le souvenir restera bon, et porteur de l'ambition de lire d'autres romans de Mathieu Gaborit :)

                       

mardi 17 mai 2016

Le Vampire des Origines, Livre II, de Collectif

Synopsis : Quid des vampires immortels avant Vlad Tepes, disparu vers 1496 ? Le Dracula qui a fondé le mythe des suceurs de sang ne peut pas être le premier longues-dents à avoir foulé le sol de cette terre ! Qui affirmerait sans erreur qu’Attila n’en était pas un (sans mauvais jeu de mot !), qu’Alexandre Le Grand, homme si puissant, n’avait pas des appétits jamais décrits, que Colomb n’a pas conquis l’Amérique à la tête d’une armée de vampires, que Caligula était un simple fou et Gilles de Rais juste une légende… Dans une Histoire dominée par les guerres, la violence, la superstition et les maladies, ce genre de comportement passait facilement inaperçu. Nos auteurs ont relevé le défi de nous parler avec brio, fantaisie et sans omettre le contexte historique de ces « vampires des premiers temps », depuis la création du monde jusqu’aux prémices de la Renaissance. Et certains font preuve d’une maîtrise impressionnante des civilisations antiques !

Anthologie – Fantastique – 348 pages – Lune-Écarlate Éditions (2015)

Avis : Lorsque Chris Red (l’un des auteurs de cette anthologie) m’a contactée pour me proposer ce partenariat, je n’ai pas hésité une seconde, suite à mon souvenir de son roman Une ère nouvelle.
Une anthologie, c’est un peu comme un assortiment de petits biscuits ! Vous savez, ceux dans les grosses boîtes en fer, avec trois étages, et dont on aime tous les goûter, même si nous avons toujours des préférences ;)
Il y a nos favoris, qui se dévorent trop vite et que l’on aimerait pouvoir trouver en paquets individuels pour s’en repaître jusqu’à plus faim.
Ceux qui ne nous inspirent pas trop à vue d’œil, mais qui une fois dans la bouche s’avèrent être délicieusement surprenants.
Ou bien ceux dont l’apparence vous fait succomber, mais qui finalement sont moins savoureux qu’espérés, voire carrément décevants...
Voici donc 15 petits récits (ou biscuits) vampiriques, écrits par des auteurs différents, à consommer sans modération, et dont je vais tenter de décrire le goût, forcément très personnel et suggestif ^_^

Dracula – Les origines du mal de Malvyl : Un récit à l’allure d’un conte pour adultes, revenant sur les origines des vampires (ça tombe bien me direz-vous, vu le titre de cette anthologie !), mais aussi des loups-garous, les deux espèces étant étroitement liées par un pacte très ancien, selon cette légende ! Il commence avec des larmes d’or au pouvoir magique de guérison, et nous mène jusqu’à la naissance du mythe Dracula… 
Un petit chou à la crème, couleur rubis, douceâtre sous le palais…
Extrait : « La plupart des légendes ne sont que des histoires tout justes bonnes à être contées aux enfants, mais parfois, quand elles se murmurent comme un secret, elles servent aussi à garder espoir.»

La récitation du scalde de Marie-Charlotte Tanguy : Dès les premiers mots, je me suis retrouvée catapultée dans cette Norvège du VIIIe siècle, dans la demeure de ce Viking, où j’ai appris par la même occasion ce qu’était un scalde, le tout dans une ambiance scandinave soignée ^_^ Un récit bref, mais très immersif et sans concession, qui me fait envisager avec confiance le futur roman de fantasy urbaine sur lequel travaille l’auteure. 
Appétissante comme une brioche à la groseille, qui éclate en bouche, j’en redemande !
Extrait : « Les dieux s’adoraient à l’extérieur, sous le ciel, les arbres et dans les batailles, tout le monde savait cela… »

L’apocalypse selon l’an mil de JB Leblanc : Voilà une des plus belles surprises de cette anthologie ! Un récit saisissant et abouti, qui m’a noué le ventre et m’a procuré les sensations que j’attendais. L’angoisse palpable de ce moine itinérant atteint un degré assez jubilatoire, et ce, dès le début. J’ai trouvé le contexte historique vraiment excellent, et le choix de l’époque de ce passage à l’an mil absolument parfait pour nous imprégner des croyances les plus folles, et y inclure les vampires de brillante manière.
Mini crumble, cramoisi de myrtilles, que j’aimerais déguster en grande portion !
Extrait : « — La Bible nous promettait le retour du Diable mille ans après la mort de notre Christ. Le livre saint ne s’est pas trompé.»

Le remède de Patrick-S Vast : Brève mais bien tournée, cette petite histoire n’est pas d’une grande originalité malgré un contexte réussi. S’appuyant sur le pouvoir de guérison du sang de vampires, j’aurais aimé un épisode un peu plus frémissant et surtout plus audacieux... La fin m'a semblé trop vite arrivée. Le style était pourtant bien là, ce qui me pousse à aspirer à davantage, et me donne envie de lire un des romans Patrick-S Vast ! 
Une petite gaufrette vermeille pur beurre, mais pas aussi croustillante qu’espérée.
Extrait : « D’après des textes très anciens, il existe des créatures, des humains aux caractères bestiaux qui tueraient en s’abreuvant du sang de leur victime… »
  
Lilith de Marc Van Buggenhout : Dans ce récit, nous partons explorer les pyramides du Caire à l’époque des croisades pour y rencontrer la célèbre Lilith. Le contexte était prometteur et le début séduisant, mais ma soif s’est tarie, une fois arrivée en haut des pyramides. Il m’a manqué l’exaltation qu’auguraient l’affrontement final, et la rencontre avec la légendaire et immortelle Lilith, qui s’est avérée beaucoup moins explosive qu’espérée…
Ce petit feuilleté couleur lie-de-vin, arrosé de miel et fourré de pistaches, ne m’a pas suffisamment rassasiée ^^
Extrait : « Derrière ce corps décharné, il avait les pouvoirs d’un rapace. Son corps physique réclamait la chair et le sang tandis que son esprit ne pensait qu’à aspirer toute l’énergie de sa prochaine proie. »

Agnus Dei de Nicolas Saintier : Voilà une nouvelle qui porte bien son titre ! En la lisant, vous saurez si la prière et la dévotion peuvent protéger son héroïne, Madelon, du mal qui rôde dans son village à la nuit tombée… Vous découvrirez s’il lui suffit de réciter des cantiques et de se réfugier dans une église pour faire reculer un démon assoiffé ! Et surtout jusqu'où peut se cacher le Malin !
Un biscuit singulier à base d’Ostie et d’eau bénite, saupoudré de sucre glace au goût cuivré !
Extrait : « Les humains devaient être bien redoutables pour que les démons eussent tant voulu les entraver. Elle allait découvrir son propre pouvoir. »

La naissance d’un vampire de Chris Red : Fidèle à l’un de ses thèmes de prédilection ; à savoir la découverte du monde et de ses trésors, j’ai reconnu la "patte" Red, et toute sa générosité dans cette mini odyssée ! Voyager aux côtés d’un célèbre marchant vénitien du nom de Polo, et revenir sur les pas d’un homme en quête d’aventures, nous mènera à la création d’un nouveau vampire ^_^ J’ai vu du pays et apprécié les anecdotes historiques qui prouvent le travail fourni pour l'élaboration de ce texte. Je n'ai qu'un seul petit regret ; le mordant du frisson vampirique s'est perdu au cours de ce périple !
Une généreuse bouchée de pain d’épice, nappée de miel rosé, qui m'a fait voyager les papilles !
Extrait : « Le reflet de la lune se réverbérait dans la lueur de cette flaque et cette vision fut rapidement remplacée par une ombre noire et ténébreuse. »
      
Lignage de Salyna Cushing Price : Une histoire de femmes et de lignée transmise par le sang, dans un décor rude et bestial ! Une image du vampirisme que l’on n’a pas l’habitude de voir, et bien loin des clichés du beau mâle ténébreux avec des crocs. Ici les femmes sont des mères sanguinaires, maîtresses de leur filiation, et vivent un quotidien des plus sanguinolents ^^ Un univers trop particulier pour véritablement m'enthousiasmer !
Un biscuit étrange au blé noir et griottes confites marinées dans une liqueur rouge sang. 
Extrait : « Alénor se mit à chantonner en arrachant un bras à sa figurine. Na na na face de Lune, le jour et la nuit, dans ton antre de ténèbres, la vie de la mort commence. »
      
Felix culpa ! de Michel Lamart : Un récit instruit, rédigé en vieux français, et qui met à l’honneur le diabolique Gilles de Rais, un personnage historique taillé sur mesure pour le rôle, et derrière lequel plane l’ombre d’une certaine pucelle d’Orléans. Une plume élégante et érudite, qui a malheureusement tenu en respect mes sensations fortes…
Un petit four couleur pétale de coquelicot, si raffiné qu'il est exigeant à apprécier !
Extrait : « Le chemin entre bien et mal est passage si étroit qu’il s’en faut d’un faux-pas pour y souffrir crémation... »
      
Parmi les ombres du château de Tepthida Hay : Un des textes les plus glaçant de cette anthologie, avec comme figure centrale, encore le funeste et diablement inspirant Gilles de Rais, et cette illustre Jeanne, (décidément, ils ne se quittent plus ces deux-là !). D’une brutalité assez crue, l’histoire n’est pas en reste de scènes sanguinaires et terrifiantes 0_0 Sans doute reverrons nous Tepthida Hay sur la scène de la littérature horrifique !
Craquant sous la dent, un vrai petit Craquelin, constellé de pépites de sucre écarlates !
Extrait : « Il a voulu faire de moi sa chose contre-nature, mais je m’y suis toujours opposée, de toutes mes forces. Et je m’y opposerai jusqu’à ma mort s’il le faut. »
      
Démon blanc de Pierre Brulhet : Deux enfants sur une plage en Afrique, prêts à venger tout un village massacré par un démon blanc. Voilà un cadre improbable pour un vampire, acculé sur un voilier par un soleil de plomb ! Mais comme le dit l’auteur, l’Afrique, c’est aussi le berceau de l’humanité, et le cadre idéal d’un commencement. Pourtant, je m'attendais à un texte plus envoûtant, et servi par un démon blanc plus fantasmagorique, vu le potentiel folklorique de ce pays. 
Un petit gâteau acidulé aux fruits exotiques, un peu trop édulcoré pour moi  ^^
Extrait : « Si c’était bien le Toubab Eda, alors même s’ils étaient cachés au fond d’un puits, à des jours de marche du village, le démon blanc finirait par les trouver.»
      
La seconde jeunesse de la bienheureuse comtesse Loba de Daniel Walther : Un récit dont j’ai perdu le fil quasiment tout de suite, sans parvenir à le récupérer en cours de lecture ! Les références historiques et les digressions que l’auteur a parsemé tout du long ont été trop ardues ou confuses pour me permettre de me raccrocher aux wagons de l’histoire, j'ai sauté en marche…
Un mille feuille dense, aux ingrédients indéfinissables, et un peu lourd à digérer en ce qui me concerne .
Extrait : « Il existe des rêves que nous pensons avoir vécu un jour, n’importe où, comme il est des faits dont nous nous demandons s’ils n’étaient pas tout de même des rêves. »
      
Un nouveau monde de Jean Lhassa & Mythic : Ce texte fut une excellente surprise ! Une année : 1492, un pays : l’Espagne, un contexte : les bouleversements religieux survenus à cette époque… Que de très bonnes conditions réunies pour l’infiltration d’un vampire n'est-ce pas ? !!! J’ai aimé l’alliance de ces deux plumes, et ce qu’elles ont enfanté pour l’occasion !
Un petit biscuit de nougat cramoisi. Croquant et caramélisé à souhait !
Extrait : « S’il avait eu le don de la peinture comme un Bartolomé de Cárdenas, Omar aurait choisi Alejandro comme modèle pour personnifier le mal à l’état brut, l’état pur du malaise. »

Le secret des Frères Mineurs de Nicolas Pages : Cette histoire fait partie de mes préférées ! Je me suis embarquée sur l’un des plus beaux galions de la flotte espagnole ; la Tierra Madre, en l’an de grâce 1498, pour y vivre une traversée effrayante aux côtés d'une lugubre caisse, ne laissant rien présager de bon pour l'équipage ! Nicolas Pages est un auteur que je compte bien suivre de près après cette découverte, car son écriture m’a vraiment séduite !
Une exquise Magdalena (Madeleine espagnole) subtilement pimentée, un régal !!!
Extrait : « Les derniers préparatifs sont terminés et j’avise la montée de l’étrange caisse à bord de la Tierra Madre avec un mauvais pressentiment. Le soleil est à son zénith et je me surprends à prier. »

Hans de Valérie Simon : Moi qui voulais justement découvrir cette plume féminine, ce récit tombait à point nommé ! Valérie Simon nous plonge avec une grande maîtrise dans le folklore de sa terre, riche de légendes ; l’Alsace ! Connaissez-vous Hans von Trotta, et sa lugubre renommée ? Non ? Alors je vous convie dans son domaine, pas très fréquentable et plutôt inquiétant, mais surtout hanté par de jolies incisives au charme dévastateur ;-)
Un mini Kouglof pourpré, fort réussi et savoureux !
Extrait : « Lorsqu’elle remit le pied à l’étrier, elle sentit le château. C’était le mot exact : une puanteur ignoble de charogne faisandée planait au-dessus de la vallée si souriante. Un remugle de cloaque, immonde, qui révulsa ses sens et accentua la peur de son cœur. »

Conclusion : Une collation qui m'a procurée des sensations diverses et inégales, dans laquelle les mordus du genre trouveront quelques délices à se mettre sous les crocs, et comme moi, des auteurs à suivre ;-)
Rappelons également que cette anthologie a remporté le Prix Masterton 2016.
Je remercie chaleureusement Chis Red, ainsi que Lune-Écarlate Éditions pour leur confiance :)

lundi 2 mai 2016

Trilogie Les Chroniques des Elfes de Jean-Louis Fetjaine


Jean-Louis Fetjaine est un auteur que je souhaitais découvrir depuis longtemps et le succès de sa Trilogie des elfes n’était évidemment pas étranger à ce désir.
Mais avant d'y céder, il me fallait lire Les Chroniques des Elfes, car elles sont le prequel de la célèbre trilogie, et permettent de connaître le passé de ses personnages clés.

Tome 1 : Lliane
Synopsis : Bien avant les événements de "La trilogie des elfes", les hommes ont investi leur forêt pour y construire des églises et y installer leurs villages. En ce temps-là, nains, elfes, humains et autres créatures ne se croisaient jamais. Mais lorsque l'armée des Terres noires a envoyé ses monstres assoiffés de sang sur le domaine des elfes, la guerre fut inévitable. À l'époque, Lliane était encore une jeune princesse, fille de la reine des elfes. Sa rencontre avec un jeune humain blessé et recueilli par son peuple, va bouleverser l'équilibre de leur monde fragile…

Fantasy – 264 pages – Editions Fleuve Noir (2008)

Avis : Ce premier tome nous permet de découvrir les différents peuples (elfes, hommes, orcs, gobelins…) de cet univers, et de planter le décor de ce qui va suivre.
Evidemment, les elfes sont au cœur du récit, et leurs différentes tribus sont nombreuses et ont chacune des territoires bien définis. En haut de l’échelle, les Hauts-Elfes de la forêt d’Eliande sont les plus importants et les plus respectés car ils sont les gardiens du bosquet sacré, viennent ensuite tous les autres ; elfes verts de la lisière de la forêt, elfes gris des marais…

Parmi tous les elfes peuplant le monde, ceux de la forêt d’Eliande avaient un destin particulier, qu’un druide ne pouvait se permettre de méconnaître, et qu’il ne fallait pas gâcher par simple négligence. D’autres tribus vivaient aux lisières des bois, certains mêmes hors des arbres, dans les collines ou les marais, loin du cœur sacré de la grande forêt, et ceux-là n’avaient d’autre souci que de survivre, dans un monde qui leur devenait chaque jour plus étranger. Mais ceux qui vivaient ici, autour du bosquet, et que les autres clans appelaient Hauts-Elfes, ceux-là descendaient en droite ligne de la Morrigan, fille du Dagda, et du fait de cette ascendance divine chacun d’eux, qu’il en ait ou non conscience, avait un rôle à jouer.

Ce qui m’amène à vous parler de ce que j’ai trouvé original et intéressant dans ce premier tome ; chaque chapitre est introduit par un extrait de La légende des tribus de la Déesse Dana  reprenant les textes mythologiques irlandais. J’ai vu que Jean-Louis Fetjaine est diplômé de philosophie et d'histoire médiévale, ce qui explique sans doute qu’il nous offre sur un plateau ces passages servant de toile de fond au lecteur pour s’immerger dans le folklore de leurs anciens dieux. Grace à ces passages, j’ai pu découvrir le Dieu Lug, la légende des talismans des Tribus de la Déesse, et même retrouver une des nombreuses origines de la célèbre épée Excalibur, mon ami Wikipédia m’ayant bien aidé à éclairer cette face de la mythologie celtique que je ne connaissais pas du tout.

La reine des Hauts-Elfes sous la forêt d’Eliande était la descendante directe de la Morrigan, déesse de la guerre, de l’amour et de la mort, et à ce titre la gardienne de Cill Dara ce qui, parfois, pesait sur ses épaules…

Religions et croyances sont donc omniprésentes dans cette histoire !
Une attaque de loups noirs géants sur le territoire de chasse des hauts-elfes va présager de sombres événements, et même si les elfes et les hommes ont du mal à y croire, les choses bougent du côté des Terres Noires. Le mal est en marche, et la tension monte peu à peu.
Ce premier opus n’est qu’un épisode d’introduction pour ce qui va suivre, mais la menace se fait de plus en plus pesante, et nous prépare à de sombres jours à venir. La fin m’a poussée vers le suivant de manière évidente.

Tome 2 : L'Elfe des Terres Noires
Synopsis : Trente ans avant Le Crépuscule des elfes, le monde s'enfonce inexorablement dans la guerre. Lliane, princesse héritière des elfes d'Eliande, est retenue prisonnière dans les Terres Noires. Horrifiée par la sauvagerie et la cruauté de ses habitants, elle doit lutter pour sa survie... et pourtant elle découvre peu à peu que les orcs, gobelins et autres monstres au service de Celui-qui-ne-peut-être-nommé sont plus proches d'elle qu'elle ne l'aurait cru. Pour Lliane, le seul espoir d'évasion est au prix d'une improbable alliance, alors même que les royaumes des hommes et des elfes, désunis et minés par la trahison, doivent se préparer à la plus effroyable des menaces.

Fantasy – 255 pages – Editions Fleuve Noir (2009)

Avis : Ce deuxième tome est mon préféré de la trilogie. Sans doute parce que l’essentiel de l’action s’y déroule en plein cœur des Terres Noires, dans l’antre de Celui-qui-ne-peut-être-nommé. Un lieu de noirceur, où l’air est vicié d’une fumée qui prend la gorge et pique les yeux, où les pluies sont acides, et la clameur continuelle faite de martèlements, de détonations et de cris effrayants qui vous glacent le sang…
La description de l’endroit est tellement réussie que je me suis retrouvée dans l’ambiance de certains passages des films du Seigneur des anneaux de Peter Jackson, entourée de la même atmosphère oppressante et infernale, grouillante d’orcs, de gobelins, et de toutes ces créatures sorties tout droit de l’enfer.
Des elfes, dont nous avons fait la connaissance dans le premier tome, ainsi que des hommes, ont été faits prisonniers dans la même infortune, et doivent subir la diabolique oppression de leurs geôliers.
Une monstrueuse armée se prépare, et l’impensable semble prendre forme, nous terrorisant à l’avance rien que de l’imaginer se mettre en mouvement.

Les soldats d’élite de Celui-qui-ne-peut-être-nommé, aussi grands que des elfes, aussi forts que des nains, aussi larges que des hommes. Dans leur face grise luisaient des yeux jaunes que nul être vivant ne pouvait contempler sans frémir. Des yeux morts, à la pupille presque effacée, qui jamais ne reflétaient la moindre émotion.

Monsieur Fetjaine m’a bien ferrée avec ce deuxième tome, dont la tension ne peut que me contraindre à vite enchaîner avec la suite.

Tome 3 : Le sang des elfes
Synopsis : Une guerre sans précédent est sur le point de faire basculer l'équilibre du monde. Les armées de Celui-qui-ne-peut-être-nommé s'apprêtent à assaillir la forteresse d'Agor-Dôl et à déferler sur les plaines. Les elfes de la forêt d'Eliande, les nains de la Montagne noire et les hommes du royaume de Logres, pourtant ennemis historiques, n'ont d'autre choix que de s'allier pour contrecarrer les plans de l'Innommable.
Lliane, évadée des Terres Noires et recueillie par les nains de Troïn, a rejoint le royaume des elfes. C'est elle, la princesse bientôt couronnée reine, qui devra s'employer à apaiser les rivalités tenaces, construire peu à peu la coalition et mener la lutte. Une gigantesque bataille s'annonce. Quelle que soit son issue, le monde en sera changé à jamais.
"Le Sang des Elfes", dernier tome des « Chroniques des Elfes », clôt la genèse de la célèbre « Trilogie des Elfes ». Outre la dimension poétique, légendaire et historique, ce volet invite le lecteur à la réflexion : « La guerre pour la guerre n'a pas de sens. Le pouvoir d'un seul ne dure jamais, à moins d'exterminer toute vie à la surface du monde. »

Fantasy – 294 pages – Editions Fleuve Noir (2010)

Avis : Nous voici à l’aube d’une guerre à laquelle les deux épisodes précédents nous ont préparé en nous laissant largement appréhender la force terrible de l’ennemi. Le premier chapitre s’ouvre sur une forteresse des nains en plein combat contre l’armée de monstres des Terres Noires.
J’avoue que j’étais contente d’approcher de plus près la montagne pour enfin me frotter aux nains, car je trouvais que jusqu’à présent ils manquaient cruellement au paysage avec leur caractère bien trempé.
Dès les premières pages, nous sommes en plein cauchemar, à se demander combien de temps la porte de la forteresse pourra tenir contre un tel déferlement d’horreur.

Lentement, Troïn baissa la tête et regarda ses mains. Le sang noir et visqueux qui maculait le fer de sa hache avait coulé le long du manche jusque sur ses doigts, en de sombres rigoles. Ce sang-là, au moins, était réel. Et ce n’était pas le sien. Du sang d’orc, écœurant. Chaque nuit, il en venait des milliers, comme si les Terres Noires pouvaient en vomir indéfiniment, et tandis que cette piétaille monstrueuse se répandait en hurlant jusqu’au pied des murailles, les gobelins avançaient leurs machines de guerre, toujours plus près.

La grande question est maintenant de savoir si les elfes, les hommes, et les nains vont pouvoir s’entendre et mettre de côté leurs dissensions ancestrales afin de combattre un ennemi commun. Des décisions vont devoir être prises pour savoir si une alliance est possible.


Conclusion : Cette trilogie fût un bon moment de lecture, sans ennui, ni désillusion.
Je me suis posée la question de l’utilité de ce découpage en trois tomes vu le petit nombre de pages de chacun, un seul volume pour tout le récit aurait amplement suffi, mais nous aurait aussi privé de trois jolies couvertures, n’est-ce pas ? ;)
En revanche, le petit rappel des personnages au début de chaque ouvrage est bien utile car honnêtement les noms de ces derniers ne sont pas toujours évidents à retenir et se ressemblent pour la plupart (Burcan, Doran, Dragan, Dulinn, Hamlin,…), d’autant qu’il y en a un certain nombre ^^
Toujours à propos des personnages ; j’ai été un peu étonnée de ne pas m’attacher davantage à eux.
Les elfes sont restés assez froids est énigmatiques, leurs émotions éthérées, même si j’ai aimé leur rapport à la nature, tout en respect et osmose.
Les hommes sont à peu près tous poussés par de sempiternels desseins ambitieux et calculateurs, et ne suscitent guère l'empathie.
Les nains quant à eux n’ont pas été assez présents à mon goût, même si dans le déroulement de l’histoire, cette absence du début est en définitive cohérente et avisée…. Ils sont l'antithèse des elfes, impétueux et excessifs à souhait.
Finalement les plus inoubliables de ces Chroniques sont les monstres des Terres Noires, terriblement marquants pour l’abomination qu’ils représentent, je garderai un souvenir glaçant des pages passées en leur compagnie, si de compagnie l'on peut parler ^^
Nul doute que j’ai été charmée par la plume de Jean-Louis Fetjaine, qui détient toutes les clés pour enrôler ses lecteurs, et les emmener là où il veut, y compris des endroits les plus verdoyants, aux plus effrayants ou inimaginables possibles.