samedi 28 mars 2015

Bird Box de Josh Malerman

Résumé : Malorie élève ses enfants de la seule façon possible : barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie. S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions : rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme. Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.


Science-fiction – Horreur – 372 pages – Editions Calmann-Lévy (2014)


Mon avis : Nan mais, vous avez lu ce résumé ? Plutôt effrayant vous ne trouvez pas ?
Avec tous les avis positifs que j’avais croisés sur ce roman, comment résister à une petite lecture flippante ;-)

Dès le premier chapitre, l’auteur (dont c’est le premier roman) nous met dans le bain !
On entre dans une cuisine sombre, dont les fenêtres ont été occultées avec des couvertures, pour y découvrir une femme angoissée, à l’aube d’une décision qu’elle a mûrement réfléchie et préparée durant ces quatre dernières années.
Deux enfants qui eux, dorment encore, doivent faire partie de cette expédition de la dernière chance, mais sont-ils prêts ? Les a-t-elle bien éduqués pour affronter ce qui les attend derrière la porte de cette maison ? A-t-elle bien affûté leur ouïe en vue d’affronter l’inconnu ?
Dehors il y a du brouillard ! Peut-être pourront-ils s’y dissimuler…
À mon tour, me voilà piégée par les premières pages qui me donnent envie d’en savoir plus :
C’était jadis une agréable maison dans une banlieue agréable de Detroit. Une maison familiale, sûre. Cinq ans plus tôt, un agent immobilier n’aurait guère eu de mal à la vendre. Mais désormais, ses fenêtres sont recouvertes de carton et de bois. Il n’y a plus d’eau courante – un grand seau en bois trône sur le plan de travail de la cuisine. Elle sent le renfermé. Aucun jouet en plastique ne traîne dans les couloirs – des morceaux d’une chaise en bois ont été taillés au couteau pour faire office de figurines de fortune, au visage peint à la va-vite. Les placards sont vides, les murs dénués de toute peinture. Des fils courent sous la porte de derrière jusqu’aux chambres du rez-de-chaussée, où les amplificateurs alertent Malorie et les enfants du moindre son en provenance de l’extérieur. Voilà comment tous trois vivent leur existence. Ils ne sortent jamais très longtemps. Et toujours les yeux bandés...
Tout le suspense de ce roman (et il y en a croyez-moi !) repose sur ce qui rôde à l’extérieur.
Après un petit retour de quelques années en arrière relatant les premiers incidents, tout s’enchaîne à une vitesse incroyable. Très peu de pages suffisent à nous faire comprendre l’ampleur de la tragédie, et très vite nous voilà en plein dedans, déjà cloîtré dans cette maison avec la peur de voir ce qu’il ne faut pas…
L’idée d’une vision qui pourrait rendre fou prend peu à peu tout l’espace du roman ; mais quelle vision ? Quelque chose que le cerveau humain n’est pas apte à surmonter, mais encore… ?
On s’interroge, on extrapole, mais avant tout on observe, en se demandant comment survivre dans un monde où les repères ne peuvent plus être visuels. 

La question de la survivance n’est pas d’une grande originalité et reste un peu dans la même mouvance que tous ces romans post apocalyptiques très en vogue. Malgré tout, la recette fonctionne puisque l’angoisse est tangible dès que l’on quitte le refuge de cette maison devenue aveugle.
Ce que j’ai préféré, c’est l’alternance des chapitres entre passé et présent.
Un présent d’ailleurs fort haletant, se déroulant sur une rivière les yeux bandés à l’affût du moindre son à interpréter, et entrecoupé de flash-backs dissimulant leurs lots de traumatismes.
La fin laisse beaucoup de questions en suspens, et même si elle peut sembler frustrante, je la trouve plutôt cohérente…

Pour résumer, Bird Box est un roman qui remplit bien son rôle et dont les pages se tournent sans même y penser. En le refermant j’ai eu la même sensation qu’après le visionnage d’un film de genre assez réussi, et sans l’avoir trouvé transcendant, il m’a tout de même fait passer un bon moment !
Un conseil, si vous souffrez de claustrophobie, passez votre chemin ;-)

D’autres avis : C’era una volta, Lelf, Naramaya, et d’autres

dimanche 15 mars 2015

Les Extraordinaires et Fantastiques Enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, Avant le déluge - Tome 2 - de Raphaël Albert

Résumé : Panam, dans les années 1880.
La ville est la capitale d'un vaste royaume où les humains côtoient des nains, ores, lutins et autres peuples fantastiques. Des motos à vapeur y doublent coches et centaures taxis. La magie très codifiée par des mages académiciens sert à la vie de tous les jours. Sylvo Silvain, un elfe exilé de sa lointaine forêt y a jeté l'ancre et ouvert une agence de détective privé. Le voilà enfin les poches pleines, à la tête d'une équipe haute en couleur.
Les affaires tournent et l'argent fait des petits ! Nonobstant, son ami l'ambitieux journaliste Jacques Londres disparaît dans des conditions louches. Aidé de ses comparses, Sylvo se lance à sa recherche. Cette fois, le tragique et la Grande Faucheuse s'invitent.


Fantasy – 290 pages – Editions Mnémos (Dédales) (2011)



Mon avis : je vous avais bien dit que je retournerai très vite à Panam, eh bien voilà ! 
J’avais quitté Sylvo et Pixel sur la pointe des pieds, les laissant savourer leur toute nouvelle gloire suite au succès foudroyant de leur enquête à la fin du premier tome.
Je les retrouve quelques mois plus tard, dans l’herbe, affalés sur la nappe d’un pique-nique, et en plein milieu d’une partie de Tonk avec leur complice et voisin le jeune Broons !
Ahhh le Tonk… que de souvenirs me rappelle ce jeu… bah oui, j’avais partagé durant 13 tomes de mémorables parties avec les membres de la Compagnie Noire de Glen Cook, ma saga de Dark fantasy préférée, et sur laquelle il faudrait que je publie un billet à l’occasion tiens ;-)
Bref, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos célèbres compères…

Car oui, célèbres, ils le sont bel et bien devenus ! Tout le monde se souvient de leur rôle dans la résolution de la vague d’attentats du tome précédent, mais aussi de la mémorable opération de Pixel pour sauver le Duc Armest d’une fin funeste !
Dorénavant Sylvo roule, où plutôt sillonne les ruelles de Panam sur sa nouvelle motocyclette très utile dans l’exercice de sa fonction de détective, une McQueen qui fonctionne au carburant dernier cri ; l’ultracoke®.
Ils ont maintenant pignon sur rue, avec une agence appelée "P. & S." Boulevard de Rochenoire, où leur renommée fait aussi bien grossir leur clientèle que leur compte en banque.
Quelques employés modèles sont d’ailleurs venus se greffer à ce duo improbable : 
- Hobo, ancien baleinier reconverti en digne élève de Sherlock Holmes pour son intelligence et son sens aigu de l’observation. Véritable homme de confiance de l’agence, doté d’une discrétion et d’une efficacité à toute épreuve, et qui semble dégager une aura d’apaisement auprès de son entourage. Autant dire un véritable atout dans les manches de nos détectives.
- Le Géomètre, ancien flic désabusé, à l’expérience fort utile, et dernier membre ayant rejoint l’équipe. 
- Et Zerbï une secrétaire hors-pair, agréable, efficace et motivée, une vraie perle quoi ! En voici une courte description, représentative de l’humour omniprésent de Raphaël Albert :
Extrait : 
Sa voix grave et sensuelle débordait de féminité, comme toute sa personne. Si vous étiez vous-même un orque, s’entend. De mon point de vue de bipède relativement gracile, la demoiselle n’avait rien de très érotisant. C’était plutôt Zerbï la barrique, Zerbï le tonneau humanoïde. Mais aux yeux des siens, pardon ! Une déesse ! L’incarnation du principe femelle ! C’était une blague éculée que de comparer les idoles de fertilité, si courantes dans les foyers orques, à une de ces bouteilles de soda de deux litres qu’on trouvait chez Grüdi. Eh bien, Zerbï était le sosie d’une de ces bouteilles. Son récent mariage avait laissé bien des cœurs exsangues.
Je découvre donc une petite affaire qui tourne bien lorsque je reviens squatter Panam ;-)
Et je m’y sens toujours si agréablement dépaysée par la singularité de ses habitants !

Maintenant que j’ai planté le décor, passons à l’histoire.
Dans ce deuxième tome, et malgré un premier chapitre gai et champêtre, tout prend rapidement une allure plus sinistre et inquiétante que dans le précédent.
D’abord une disparition inexpliquée, puis une deuxième…, des crimes version Jack l’éventreur Panaméen, un célèbre gentleman cambrioleur local hautement recherché, des sorciers, de la magie, et une bonne louche de mystères…
Mais surtout, une ombre plane dans ce ciel azuréen constellé de dirigeables ; celle de l’Académie des Technomages, qui va se faire pesante, de plus en plus pesante…

Sachez que j’ai pris davantage de plaisir encore avec ce deuxième récit. L’ambiance y est plus plombée, et du coup plus intrigante.
Il y a aussi cette amitié grandissante entre Broons et nos deux complices, qui apporte davantage d’émotions, faisant d’ailleurs apparaître Sylvo sous un jour un peu plus bienveillant.
À son sujet justement, le détachement que j’avais ressenti dans le premier tome ne s’est que passablement estompé, et c’est bien là la seule petite ombre au tableau ! Il me manque toujours ce relief qui ferait de ce personnage un héros plus touchant. Mais j’ai grand espoir que ce dernier prenne de l’épaisseur dans le tome suivant. La fin de celui-ci, inattendue et augurant bien des choses pour le futur, m’encourage en ce sens !

Tome 1 - Rue Farfadet

D’autres avis : Zina , Joyeux drille , BlackWolf , J.a.e_Lou

mercredi 4 mars 2015

Les Extraordinaires et Fantastiques Enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, Rue Farfadet - Tome 1 - de Raphaël Albert



Résumé : Panam, dans les années 1880 : les humains ont repris depuis longtemps la main sur les Peuples Anciens. Sylvo Sylvain a posé son havresac dans la rue Farfadet, gouailleuse à souhait. Il exerce la profession exaltante de détective privé et les affaires sont nombreuses ! Des adultères, des maris jaloux, des épouses trompées, etc. Ni très rémunérateur, ni très glorieux... Alors, Sylvo fréquente assidûment les bars et les lieux de plaisir en tout genre où son charme envoûte ces dames... Jusqu'au jour où lors d'une banale enquête de routine il se trouve mêlé à une machination dépassant l'entendement. Le voilà, bien malgré lui, chargé de l'affaire par l'un des trois puissants ducs de Panam. Saura-t-il tirer son épingle de ce jeu compliqué et dangereux ?

Fantasy – 235 pages – Editions Mnémos (Dédales) (2010)


Mon avis : Avec un résumé pareil, et l’enthousiasme de plusieurs copinautes pour cette saga fantasy, c’est avec entrain que je me suis lancée sur les traces de Sylvo Sylvain… Évidemment, je me suis faite très discrète car cet elfe déraciné n’est rien moins que détective privé ! 
Avec son acolyte, le petit et malin pillywiggin nommé Pixel, ils forment un bon duo.
Et même si leurs rares et maigrelets contrats n’étaient jusqu’à présent que de banales affaires d’adultères, d’enfants fugueurs, ou de filatures ordinaires, je n’en devais pas moins me faire très discrète…
C’est ainsi que je me suis retrouvée catapulter dans Panam !
Cette ville ne vous dit peut-être rien au départ, pourtant vous la connaissez très certainement, mais pas tout à fait sous le même jour si j’ose dire ;) 
Panam n’est autre que Paris, version steampunk, et transformée pour cette noble cause par les fertiles méninges de Raphaël Albert, un jeune auteur de fantasy française.
Oui oui, j’ai bien écrit "les fertiles méninges" car franchement son univers ne manque pas d’exotisme, voyez plutôt ;
Panam donc, où coule une Veine (Seine) grouillante d’Ondines, où de nombreux dirigeables sillonnent l’invariable azur du ciel (même la météo a subi quelques aménagements), où l’on croise fiacres et calèches par-ci, hippomobiles et automobiles d’un autre temps par-là, je vous laisse imaginer :
Extrait : 


Il s’agissait d’un Modèle B de chez Porf & Co®, le célèbre industriel nain. Le modèle le plus courant. B comme boule, sans doute, car le véhicule vert sombre évoquait une citrouille pas mûre montée sur quatre larges roues de bois cerclées de fer, avec au cul un moteur conique tout en cuivre et de cuir lacé. Une courte et étroite cheminée pointait vers le ciel, crachant par bouffées, moderne oriflamme, une fine fumée blanche. L’habitacle, coupole de verre, était une bulle spacieuse où un quatuor de jeunes gens bien mis riaient aux éclats dans les cahots.
      
Ainsi, dès mes premiers pas, mes yeux n’ont pas cessé de s’écarquiller devant la fantaisie du décor, et de ses habitants ; nains, farfadets, gobelins, orques, Leprechauns, mais aussi humains je vous rassure, sans quoi je n’aurais pas pu me fondre dans la foule ;)
Bon, vous voyez l’idée ? Toute une mixité savamment orchestrée et sacrément pittoresque, croyez-moi !
Je vous passe les détails de mon aventure, à vous d’avoir le plaisir de la découvrir ! Sachez seulement qu’elle ne fut pas de tout repos puisque d’entrée je me suis retrouvée témoin d’un attentat qui n’était malheureusement pas le premier semble-t-il, me propulsant avec beaucoup d’impatience, au sein de l’enquête de nos deux compères pris dans la tourmente eux aussi.

Si je devais faire part d’une toute petite réserve, ce serait sur le personnage de Sylvo Sylvain lui-même. C’est un peu difficile à expliquer mais je ne l’ai pas trouvé attachant contrairement aux autres personnages qui sont extras, surtout Pixel évidemment. J’ai trouvé que Sylvo manquait de chaleur, qu’il était un peu superficiel, et que sa personnalité nous échappait beaucoup trop pour le rendre vraiment captivant. Sans doute la connaissance de son passé m’aidera à mieux le cerner, mais à la fin de ce premier tome ce n’est pas le cas puisque l’auteur a fait le choix de nous faire languir en apportant les pièces du puzzle au compte-gouttes... Choix assez judicieux pour préserver le mystère !

Voici donc la raison toute trouvée pour moi de vite retrouver les ruelles de Panam dans le deuxième tome que je chroniquerai au plus vite, c’est promis ;)

Tome 2 - Avant le déluge
D'autres billets : Mariejuliet , Sia
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