mardi 17 mai 2016

Le Vampire des Origines, Livre II, de Collectif

Synopsis : Quid des vampires immortels avant Vlad Tepes, disparu vers 1496 ? Le Dracula qui a fondé le mythe des suceurs de sang ne peut pas être le premier longues-dents à avoir foulé le sol de cette terre ! Qui affirmerait sans erreur qu’Attila n’en était pas un (sans mauvais jeu de mot !), qu’Alexandre Le Grand, homme si puissant, n’avait pas des appétits jamais décrits, que Colomb n’a pas conquis l’Amérique à la tête d’une armée de vampires, que Caligula était un simple fou et Gilles de Rais juste une légende… Dans une Histoire dominée par les guerres, la violence, la superstition et les maladies, ce genre de comportement passait facilement inaperçu. Nos auteurs ont relevé le défi de nous parler avec brio, fantaisie et sans omettre le contexte historique de ces « vampires des premiers temps », depuis la création du monde jusqu’aux prémices de la Renaissance. Et certains font preuve d’une maîtrise impressionnante des civilisations antiques !

Anthologie – Fantastique – 348 pages – Lune-Écarlate Éditions (2015)

Avis : Lorsque Chris Red (l’un des auteurs de cette anthologie) m’a contactée pour me proposer ce partenariat, je n’ai pas hésité une seconde, suite à mon souvenir de son roman Une ère nouvelle.
Une anthologie, c’est un peu comme un assortiment de petits biscuits ! Vous savez, ceux dans les grosses boîtes en fer, avec trois étages, et dont on aime tous les goûter, même si nous avons toujours des préférences ;)
Il y a nos favoris, qui se dévorent trop vite et que l’on aimerait pouvoir trouver en paquets individuels pour s’en repaître jusqu’à plus faim.
Ceux qui ne nous inspirent pas trop à vue d’œil, mais qui une fois dans la bouche s’avèrent être délicieusement surprenants.
Ou bien ceux dont l’apparence vous fait succomber, mais qui finalement sont moins savoureux qu’espérés, voire carrément décevants...
Voici donc 15 petits récits (ou biscuits) vampiriques, écrits par des auteurs différents, à consommer sans modération, et dont je vais tenter de décrire le goût, forcément très personnel et suggestif ^_^

Dracula – Les origines du mal de Malvyl : Un récit à l’allure d’un conte pour adultes, revenant sur les origines des vampires (ça tombe bien me direz-vous, vu le titre de cette anthologie !), mais aussi des loups-garous, les deux espèces étant étroitement liées par un pacte très ancien, selon cette légende ! Il commence avec des larmes d’or au pouvoir magique de guérison, et nous mène jusqu’à la naissance du mythe Dracula… 
Un petit chou à la crème, couleur rubis, douceâtre sous le palais…
Extrait : « La plupart des légendes ne sont que des histoires tout justes bonnes à être contées aux enfants, mais parfois, quand elles se murmurent comme un secret, elles servent aussi à garder espoir.»

La récitation du scalde de Marie-Charlotte Tanguy : Dès les premiers mots, je me suis retrouvée catapultée dans cette Norvège du VIIIe siècle, dans la demeure de ce Viking, où j’ai appris par la même occasion ce qu’était un scalde, le tout dans une ambiance scandinave soignée ^_^ Un récit bref, mais très immersif et sans concession, qui me fait envisager avec confiance le futur roman de fantasy urbaine sur lequel travaille l’auteure. 
Appétissante comme une brioche à la groseille, qui éclate en bouche, j’en redemande !
Extrait : « Les dieux s’adoraient à l’extérieur, sous le ciel, les arbres et dans les batailles, tout le monde savait cela… »

L’apocalypse selon l’an mil de JB Leblanc : Voilà une des plus belles surprises de cette anthologie ! Un récit saisissant et abouti, qui m’a noué le ventre et m’a procuré les sensations que j’attendais. L’angoisse palpable de ce moine itinérant atteint un degré assez jubilatoire, et ce, dès le début. J’ai trouvé le contexte historique vraiment excellent, et le choix de l’époque de ce passage à l’an mil absolument parfait pour nous imprégner des croyances les plus folles, et y inclure les vampires de brillante manière.
Mini crumble, cramoisi de myrtilles, que j’aimerais déguster en grande portion !
Extrait : « — La Bible nous promettait le retour du Diable mille ans après la mort de notre Christ. Le livre saint ne s’est pas trompé.»

Le remède de Patrick-S Vast : Brève mais bien tournée, cette petite histoire n’est pas d’une grande originalité malgré un contexte réussi. S’appuyant sur le pouvoir de guérison du sang de vampires, j’aurais aimé un épisode un peu plus frémissant et surtout plus audacieux... La fin m'a semblé trop vite arrivée. Le style était pourtant bien là, ce qui me pousse à aspirer à davantage, et me donne envie de lire un des romans Patrick-S Vast ! 
Une petite gaufrette vermeille pur beurre, mais pas aussi croustillante qu’espérée.
Extrait : « D’après des textes très anciens, il existe des créatures, des humains aux caractères bestiaux qui tueraient en s’abreuvant du sang de leur victime… »
  
Lilith de Marc Van Buggenhout : Dans ce récit, nous partons explorer les pyramides du Caire à l’époque des croisades pour y rencontrer la célèbre Lilith. Le contexte était prometteur et le début séduisant, mais ma soif s’est tarie, une fois arrivée en haut des pyramides. Il m’a manqué l’exaltation qu’auguraient l’affrontement final, et la rencontre avec la légendaire et immortelle Lilith, qui s’est avérée beaucoup moins explosive qu’espérée…
Ce petit feuilleté couleur lie-de-vin, arrosé de miel et fourré de pistaches, ne m’a pas suffisamment rassasiée ^^
Extrait : « Derrière ce corps décharné, il avait les pouvoirs d’un rapace. Son corps physique réclamait la chair et le sang tandis que son esprit ne pensait qu’à aspirer toute l’énergie de sa prochaine proie. »

Agnus Dei de Nicolas Saintier : Voilà une nouvelle qui porte bien son titre ! En la lisant, vous saurez si la prière et la dévotion peuvent protéger son héroïne, Madelon, du mal qui rôde dans son village à la nuit tombée… Vous découvrirez s’il lui suffit de réciter des cantiques et de se réfugier dans une église pour faire reculer un démon assoiffé ! Et surtout jusqu'où peut se cacher le Malin !
Un biscuit singulier à base d’Ostie et d’eau bénite, saupoudré de sucre glace au goût cuivré !
Extrait : « Les humains devaient être bien redoutables pour que les démons eussent tant voulu les entraver. Elle allait découvrir son propre pouvoir. »

La naissance d’un vampire de Chris Red : Fidèle à l’un de ses thèmes de prédilection ; à savoir la découverte du monde et de ses trésors, j’ai reconnu la "patte" Red, et toute sa générosité dans cette mini odyssée ! Voyager aux côtés d’un célèbre marchant vénitien du nom de Polo, et revenir sur les pas d’un homme en quête d’aventures, nous mènera à la création d’un nouveau vampire ^_^ J’ai vu du pays et apprécié les anecdotes historiques qui prouvent le travail fourni pour l'élaboration de ce texte. Je n'ai qu'un seul petit regret ; le mordant du frisson vampirique s'est perdu au cours de ce périple !
Une généreuse bouchée de pain d’épice, nappée de miel rosé, qui m'a fait voyager les papilles !
Extrait : « Le reflet de la lune se réverbérait dans la lueur de cette flaque et cette vision fut rapidement remplacée par une ombre noire et ténébreuse. »
      
Lignage de Salyna Cushing Price : Une histoire de femmes et de lignée transmise par le sang, dans un décor rude et bestial ! Une image du vampirisme que l’on n’a pas l’habitude de voir, et bien loin des clichés du beau mâle ténébreux avec des crocs. Ici les femmes sont des mères sanguinaires, maîtresses de leur filiation, et vivent un quotidien des plus sanguinolents ^^ Un univers trop particulier pour véritablement m'enthousiasmer !
Un biscuit étrange au blé noir et griottes confites marinées dans une liqueur rouge sang. 
Extrait : « Alénor se mit à chantonner en arrachant un bras à sa figurine. Na na na face de Lune, le jour et la nuit, dans ton antre de ténèbres, la vie de la mort commence. »
      
Felix culpa ! de Michel Lamart : Un récit instruit, rédigé en vieux français, et qui met à l’honneur le diabolique Gilles de Rais, un personnage historique taillé sur mesure pour le rôle, et derrière lequel plane l’ombre d’une certaine pucelle d’Orléans. Une plume élégante et érudite, qui a malheureusement tenu en respect mes sensations fortes…
Un petit four couleur pétale de coquelicot, si raffiné qu'il est exigeant à apprécier !
Extrait : « Le chemin entre bien et mal est passage si étroit qu’il s’en faut d’un faux-pas pour y souffrir crémation... »
      
Parmi les ombres du château de Tepthida Hay : Un des textes les plus glaçant de cette anthologie, avec comme figure centrale, encore le funeste et diablement inspirant Gilles de Rais, et cette illustre Jeanne, (décidément, ils ne se quittent plus ces deux-là !). D’une brutalité assez crue, l’histoire n’est pas en reste de scènes sanguinaires et terrifiantes 0_0 Sans doute reverrons nous Tepthida Hay sur la scène de la littérature horrifique !
Craquant sous la dent, un vrai petit Craquelin, constellé de pépites de sucre écarlates !
Extrait : « Il a voulu faire de moi sa chose contre-nature, mais je m’y suis toujours opposée, de toutes mes forces. Et je m’y opposerai jusqu’à ma mort s’il le faut. »
      
Démon blanc de Pierre Brulhet : Deux enfants sur une plage en Afrique, prêts à venger tout un village massacré par un démon blanc. Voilà un cadre improbable pour un vampire, acculé sur un voilier par un soleil de plomb ! Mais comme le dit l’auteur, l’Afrique, c’est aussi le berceau de l’humanité, et le cadre idéal d’un commencement. Pourtant, je m'attendais à un texte plus envoûtant, et servi par un démon blanc plus fantasmagorique, vu le potentiel folklorique de ce pays. 
Un petit gâteau acidulé aux fruits exotiques, un peu trop édulcoré pour moi  ^^
Extrait : « Si c’était bien le Toubab Eda, alors même s’ils étaient cachés au fond d’un puits, à des jours de marche du village, le démon blanc finirait par les trouver.»
      
La seconde jeunesse de la bienheureuse comtesse Loba de Daniel Walther : Un récit dont j’ai perdu le fil quasiment tout de suite, sans parvenir à le récupérer en cours de lecture ! Les références historiques et les digressions que l’auteur a parsemé tout du long ont été trop ardues ou confuses pour me permettre de me raccrocher aux wagons de l’histoire, j'ai sauté en marche…
Un mille feuille dense, aux ingrédients indéfinissables, et un peu lourd à digérer en ce qui me concerne .
Extrait : « Il existe des rêves que nous pensons avoir vécu un jour, n’importe où, comme il est des faits dont nous nous demandons s’ils n’étaient pas tout de même des rêves. »
      
Un nouveau monde de Jean Lhassa & Mythic : Ce texte fut une excellente surprise ! Une année : 1492, un pays : l’Espagne, un contexte : les bouleversements religieux survenus à cette époque… Que de très bonnes conditions réunies pour l’infiltration d’un vampire n'est-ce pas ? !!! J’ai aimé l’alliance de ces deux plumes, et ce qu’elles ont enfanté pour l’occasion !
Un petit biscuit de nougat cramoisi. Croquant et caramélisé à souhait !
Extrait : « S’il avait eu le don de la peinture comme un Bartolomé de Cárdenas, Omar aurait choisi Alejandro comme modèle pour personnifier le mal à l’état brut, l’état pur du malaise. »

Le secret des Frères Mineurs de Nicolas Pages : Cette histoire fait partie de mes préférées ! Je me suis embarquée sur l’un des plus beaux galions de la flotte espagnole ; la Tierra Madre, en l’an de grâce 1498, pour y vivre une traversée effrayante aux côtés d'une lugubre caisse, ne laissant rien présager de bon pour l'équipage ! Nicolas Pages est un auteur que je compte bien suivre de près après cette découverte, car son écriture m’a vraiment séduite !
Une exquise Magdalena (Madeleine espagnole) subtilement pimentée, un régal !!!
Extrait : « Les derniers préparatifs sont terminés et j’avise la montée de l’étrange caisse à bord de la Tierra Madre avec un mauvais pressentiment. Le soleil est à son zénith et je me surprends à prier. »

Hans de Valérie Simon : Moi qui voulais justement découvrir cette plume féminine, ce récit tombait à point nommé ! Valérie Simon nous plonge avec une grande maîtrise dans le folklore de sa terre, riche de légendes ; l’Alsace ! Connaissez-vous Hans von Trotta, et sa lugubre renommée ? Non ? Alors je vous convie dans son domaine, pas très fréquentable et plutôt inquiétant, mais surtout hanté par de jolies incisives au charme dévastateur ;-)
Un mini Kouglof pourpré, fort réussi et savoureux !
Extrait : « Lorsqu’elle remit le pied à l’étrier, elle sentit le château. C’était le mot exact : une puanteur ignoble de charogne faisandée planait au-dessus de la vallée si souriante. Un remugle de cloaque, immonde, qui révulsa ses sens et accentua la peur de son cœur. »

Conclusion : Une collation qui m'a procurée des sensations diverses et inégales, dans laquelle les mordus du genre trouveront quelques délices à se mettre sous les crocs, et comme moi, des auteurs à suivre ;-)
Rappelons également que cette anthologie a remporté le Prix Masterton 2016.
Je remercie chaleureusement Chis Red, ainsi que Lune-Écarlate Éditions pour leur confiance :)

lundi 2 mai 2016

Trilogie Les Chroniques des Elfes de Jean-Louis Fetjaine


Jean-Louis Fetjaine est un auteur que je souhaitais découvrir depuis longtemps et le succès de sa Trilogie des elfes n’était évidemment pas étranger à ce désir.
Mais avant d'y céder, il me fallait lire Les Chroniques des Elfes, car elles sont le prequel de la célèbre trilogie, et permettent de connaître le passé de ses personnages clés.

Tome 1 : Lliane
Synopsis : Bien avant les événements de "La trilogie des elfes", les hommes ont investi leur forêt pour y construire des églises et y installer leurs villages. En ce temps-là, nains, elfes, humains et autres créatures ne se croisaient jamais. Mais lorsque l'armée des Terres noires a envoyé ses monstres assoiffés de sang sur le domaine des elfes, la guerre fut inévitable. À l'époque, Lliane était encore une jeune princesse, fille de la reine des elfes. Sa rencontre avec un jeune humain blessé et recueilli par son peuple, va bouleverser l'équilibre de leur monde fragile…

Fantasy – 264 pages – Editions Fleuve Noir (2008)

Avis : Ce premier tome nous permet de découvrir les différents peuples (elfes, hommes, orcs, gobelins…) de cet univers, et de planter le décor de ce qui va suivre.
Evidemment, les elfes sont au cœur du récit, et leurs différentes tribus sont nombreuses et ont chacune des territoires bien définis. En haut de l’échelle, les Hauts-Elfes de la forêt d’Eliande sont les plus importants et les plus respectés car ils sont les gardiens du bosquet sacré, viennent ensuite tous les autres ; elfes verts de la lisière de la forêt, elfes gris des marais…

Parmi tous les elfes peuplant le monde, ceux de la forêt d’Eliande avaient un destin particulier, qu’un druide ne pouvait se permettre de méconnaître, et qu’il ne fallait pas gâcher par simple négligence. D’autres tribus vivaient aux lisières des bois, certains mêmes hors des arbres, dans les collines ou les marais, loin du cœur sacré de la grande forêt, et ceux-là n’avaient d’autre souci que de survivre, dans un monde qui leur devenait chaque jour plus étranger. Mais ceux qui vivaient ici, autour du bosquet, et que les autres clans appelaient Hauts-Elfes, ceux-là descendaient en droite ligne de la Morrigan, fille du Dagda, et du fait de cette ascendance divine chacun d’eux, qu’il en ait ou non conscience, avait un rôle à jouer.

Ce qui m’amène à vous parler de ce que j’ai trouvé original et intéressant dans ce premier tome ; chaque chapitre est introduit par un extrait de La légende des tribus de la Déesse Dana  reprenant les textes mythologiques irlandais. J’ai vu que Jean-Louis Fetjaine est diplômé de philosophie et d'histoire médiévale, ce qui explique sans doute qu’il nous offre sur un plateau ces passages servant de toile de fond au lecteur pour s’immerger dans le folklore de leurs anciens dieux. Grace à ces passages, j’ai pu découvrir le Dieu Lug, la légende des talismans des Tribus de la Déesse, et même retrouver une des nombreuses origines de la célèbre épée Excalibur, mon ami Wikipédia m’ayant bien aidé à éclairer cette face de la mythologie celtique que je ne connaissais pas du tout.

La reine des Hauts-Elfes sous la forêt d’Eliande était la descendante directe de la Morrigan, déesse de la guerre, de l’amour et de la mort, et à ce titre la gardienne de Cill Dara ce qui, parfois, pesait sur ses épaules…

Religions et croyances sont donc omniprésentes dans cette histoire !
Une attaque de loups noirs géants sur le territoire de chasse des hauts-elfes va présager de sombres événements, et même si les elfes et les hommes ont du mal à y croire, les choses bougent du côté des Terres Noires. Le mal est en marche, et la tension monte peu à peu.
Ce premier opus n’est qu’un épisode d’introduction pour ce qui va suivre, mais la menace se fait de plus en plus pesante, et nous prépare à de sombres jours à venir. La fin m’a poussée vers le suivant de manière évidente.

Tome 2 : L'Elfe des Terres Noires
Synopsis : Trente ans avant Le Crépuscule des elfes, le monde s'enfonce inexorablement dans la guerre. Lliane, princesse héritière des elfes d'Eliande, est retenue prisonnière dans les Terres Noires. Horrifiée par la sauvagerie et la cruauté de ses habitants, elle doit lutter pour sa survie... et pourtant elle découvre peu à peu que les orcs, gobelins et autres monstres au service de Celui-qui-ne-peut-être-nommé sont plus proches d'elle qu'elle ne l'aurait cru. Pour Lliane, le seul espoir d'évasion est au prix d'une improbable alliance, alors même que les royaumes des hommes et des elfes, désunis et minés par la trahison, doivent se préparer à la plus effroyable des menaces.

Fantasy – 255 pages – Editions Fleuve Noir (2009)

Avis : Ce deuxième tome est mon préféré de la trilogie. Sans doute parce que l’essentiel de l’action s’y déroule en plein cœur des Terres Noires, dans l’antre de Celui-qui-ne-peut-être-nommé. Un lieu de noirceur, où l’air est vicié d’une fumée qui prend la gorge et pique les yeux, où les pluies sont acides, et la clameur continuelle faite de martèlements, de détonations et de cris effrayants qui vous glacent le sang…
La description de l’endroit est tellement réussie que je me suis retrouvée dans l’ambiance de certains passages des films du Seigneur des anneaux de Peter Jackson, entourée de la même atmosphère oppressante et infernale, grouillante d’orcs, de gobelins, et de toutes ces créatures sorties tout droit de l’enfer.
Des elfes, dont nous avons fait la connaissance dans le premier tome, ainsi que des hommes, ont été faits prisonniers dans la même infortune, et doivent subir la diabolique oppression de leurs geôliers.
Une monstrueuse armée se prépare, et l’impensable semble prendre forme, nous terrorisant à l’avance rien que de l’imaginer se mettre en mouvement.

Les soldats d’élite de Celui-qui-ne-peut-être-nommé, aussi grands que des elfes, aussi forts que des nains, aussi larges que des hommes. Dans leur face grise luisaient des yeux jaunes que nul être vivant ne pouvait contempler sans frémir. Des yeux morts, à la pupille presque effacée, qui jamais ne reflétaient la moindre émotion.

Monsieur Fetjaine m’a bien ferrée avec ce deuxième tome, dont la tension ne peut que me contraindre à vite enchaîner avec la suite.

Tome 3 : Le sang des elfes
Synopsis : Une guerre sans précédent est sur le point de faire basculer l'équilibre du monde. Les armées de Celui-qui-ne-peut-être-nommé s'apprêtent à assaillir la forteresse d'Agor-Dôl et à déferler sur les plaines. Les elfes de la forêt d'Eliande, les nains de la Montagne noire et les hommes du royaume de Logres, pourtant ennemis historiques, n'ont d'autre choix que de s'allier pour contrecarrer les plans de l'Innommable.
Lliane, évadée des Terres Noires et recueillie par les nains de Troïn, a rejoint le royaume des elfes. C'est elle, la princesse bientôt couronnée reine, qui devra s'employer à apaiser les rivalités tenaces, construire peu à peu la coalition et mener la lutte. Une gigantesque bataille s'annonce. Quelle que soit son issue, le monde en sera changé à jamais.
"Le Sang des Elfes", dernier tome des « Chroniques des Elfes », clôt la genèse de la célèbre « Trilogie des Elfes ». Outre la dimension poétique, légendaire et historique, ce volet invite le lecteur à la réflexion : « La guerre pour la guerre n'a pas de sens. Le pouvoir d'un seul ne dure jamais, à moins d'exterminer toute vie à la surface du monde. »

Fantasy – 294 pages – Editions Fleuve Noir (2010)

Avis : Nous voici à l’aube d’une guerre à laquelle les deux épisodes précédents nous ont préparé en nous laissant largement appréhender la force terrible de l’ennemi. Le premier chapitre s’ouvre sur une forteresse des nains en plein combat contre l’armée de monstres des Terres Noires.
J’avoue que j’étais contente d’approcher de plus près la montagne pour enfin me frotter aux nains, car je trouvais que jusqu’à présent ils manquaient cruellement au paysage avec leur caractère bien trempé.
Dès les premières pages, nous sommes en plein cauchemar, à se demander combien de temps la porte de la forteresse pourra tenir contre un tel déferlement d’horreur.

Lentement, Troïn baissa la tête et regarda ses mains. Le sang noir et visqueux qui maculait le fer de sa hache avait coulé le long du manche jusque sur ses doigts, en de sombres rigoles. Ce sang-là, au moins, était réel. Et ce n’était pas le sien. Du sang d’orc, écœurant. Chaque nuit, il en venait des milliers, comme si les Terres Noires pouvaient en vomir indéfiniment, et tandis que cette piétaille monstrueuse se répandait en hurlant jusqu’au pied des murailles, les gobelins avançaient leurs machines de guerre, toujours plus près.

La grande question est maintenant de savoir si les elfes, les hommes, et les nains vont pouvoir s’entendre et mettre de côté leurs dissensions ancestrales afin de combattre un ennemi commun. Des décisions vont devoir être prises pour savoir si une alliance est possible.


Conclusion : Cette trilogie fût un bon moment de lecture, sans ennui, ni désillusion.
Je me suis posée la question de l’utilité de ce découpage en trois tomes vu le petit nombre de pages de chacun, un seul volume pour tout le récit aurait amplement suffi, mais nous aurait aussi privé de trois jolies couvertures, n’est-ce pas ? ;)
En revanche, le petit rappel des personnages au début de chaque ouvrage est bien utile car honnêtement les noms de ces derniers ne sont pas toujours évidents à retenir et se ressemblent pour la plupart (Burcan, Doran, Dragan, Dulinn, Hamlin,…), d’autant qu’il y en a un certain nombre ^^
Toujours à propos des personnages ; j’ai été un peu étonnée de ne pas m’attacher davantage à eux.
Les elfes sont restés assez froids est énigmatiques, leurs émotions éthérées, même si j’ai aimé leur rapport à la nature, tout en respect et osmose.
Les hommes sont à peu près tous poussés par de sempiternels desseins ambitieux et calculateurs, et ne suscitent guère l'empathie.
Les nains quant à eux n’ont pas été assez présents à mon goût, même si dans le déroulement de l’histoire, cette absence du début est en définitive cohérente et avisée…. Ils sont l'antithèse des elfes, impétueux et excessifs à souhait.
Finalement les plus inoubliables de ces Chroniques sont les monstres des Terres Noires, terriblement marquants pour l’abomination qu’ils représentent, je garderai un souvenir glaçant des pages passées en leur compagnie, si de compagnie l'on peut parler ^^
Nul doute que j’ai été charmée par la plume de Jean-Louis Fetjaine, qui détient toutes les clés pour enrôler ses lecteurs, et les emmener là où il veut, y compris des endroits les plus verdoyants, aux plus effrayants ou inimaginables possibles.